Introduction
Les gouvernements d’Afrique de l’Ouest adoptent notamment des politiques visant à renforcer leur contrôle sur les ressources minérales, en particulier l’or. Ce phénomène s’inscrit dans le cadre d’une évolution plus large connue sous le nom de « nationalisme des ressources ». Le nationalisme des ressources se caractérise par la mise en œuvre, par les gouvernements, de mesures juridiques, réglementaires et institutionnelles visant à s’assurer une plus grande part des retombées économiques issues des ressources naturelles. À l’heure actuelle, les différends entre les gouvernements et les sociétés minières semblent isolés, mais il s’agit en réalité d’une évolution majeure vers le nationalisme des ressources (Zhe & Sun, 2025).
Le nationalisme des ressources gagne du terrain à l’échelle mondiale, en particulier en Amérique latine et en Afrique, alors que les pays cherchent à exercer un contrôle accru sur leurs ressources naturelles. Le Chili a nationalisé ses mines de cuivre dans les années 1970 (González & Castillo, 2024), tandis que la Bolivie a nationalisé son secteur des hydrocarbures en 2006 afin d’augmenter les recettes publiques (Kaup, 2010). En Tanzanie, la législation minière a été modifiée en 2017 afin de renforcer la participation de l’État (Mwesiga et al., 2023). Récemment, les pays d’Afrique de l’Ouest ont entrepris de réviser leur législation minière en réponse à la hausse des prix des matières premières et aux revendications de la population en faveur d’une répartition équitable (swp-berlin.org ; spglobal.com). Le Mali a notamment porté sa participation potentielle dans le secteur minier de 20 % à 35 % en 2023, dans un contexte de litiges avec des entreprises internationales concernant son cadre juridique (swp-berlin.org ; spglobal.com). Le Ghana renforce la réglementation sans prendre le contrôle des opérations, afin d’améliorer les retombées locales (reuters.com). La Guinée se concentre sur l’affinage national de l’or, tandis que d’autres pays révisent leurs cadres réglementaires afin d’accroître leurs recettes et de renforcer la surveillance (reuters.com).
Dans l’ensemble, l’Afrique de l’Ouest réoriente sa gouvernance des ressources afin de garantir que l’exploitation minière contribue au développement national, au-delà de la simple attraction des investissements étrangers. L’Afrique de l’Ouest entre dans une nouvelle phase de gouvernance des ressources, en s’attachant à garantir que l’extraction des ressources minérales profite directement au développement national. Bien que les approches varient d’un pays à l’autre, l’objectif commun est de gérer et de partager la richesse générée par les ressources naturelles, ce qui marque un changement par rapport à la simple attraction des investissements étrangers.
Qu’est-ce qui est à l’origine de cette évolution ?
L’un des principaux moteurs des réformes menées dans les juridictions minières africaines est la hausse soutenue des cours mondiaux de l’or (Grynberg & Singogo, 2021). Alors que ces cours atteignent des niveaux records, les gouvernements cherchent à s’assurer une part plus importante des bénéfices miniers en réexaminant les contrats, en ajustant les redevances et en renforçant l’implication de l’État. Les décideurs politiques estiment que les pays devraient tirer davantage de bénéfices économiques de leurs précieuses ressources minérales (reuters.com).
D’autre part, les pressions budgétaires ont incité les gouvernements à réévaluer les accords miniers. La demande en infrastructures essentielles ne cesse de croître dans la région de l’Afrique de l’Ouest, alors que les budgets sont serrés. Ainsi, l’augmentation des recettes est considérée comme un moyen de financement national, plutôt que de recourir à une aide et à des fonds extérieurs. Au Ghana, par exemple, les réformes minières ont notamment porté sur les redevances, l’octroi de licences et les obligations en matière de développement communautaire, afin d’améliorer la gouvernance et de soutenir le développement national (reuters.com).
Bien que l’Afrique de l’Ouest soit une région productrice d’or majeure, les communautés situées à proximité des sites miniers sont confrontées à la pauvreté et à des problèmes environnementaux. Les attentes du public ont donné lieu à des débats sur la répartition équitable des bénéfices miniers, la société civile et les décideurs politiques remettant en question les accords qui favorisent les investisseurs étrangers au détriment des besoins locaux. Ces préoccupations croissantes ont renforcé le soutien politique en faveur de réformes visant à renforcer la participation locale, à améliorer la transparence et à conserver une plus grande partie des richesses minières au sein des économies nationales (Kemp & Owen, 2025).
Les gouvernements de la région du Sahel mettent l’accent sur la souveraineté économique en liant le contrôle des ressources minérales au développement national. Ils visent à favoriser la création de valeur ajoutée sur le territoire national par le raffinage et la transformation, plutôt que de se contenter d’exporter des minerais bruts. Des initiatives telles que la raffinerie d’or à grande échelle de la Guinée, ainsi que d’autres projets au Ghana, au Mali et au Burkina Faso, témoignent d’une volonté régionale de conserver une plus grande partie de la valeur économique au niveau national (reuters.com).
Des pays différents, des approches différentes
La montée du nationalisme des ressources en Afrique de l’Ouest témoigne d’une évolution de la perception de la propriété et de la gestion des richesses minérales. Les gouvernements, soucieux d’accroître les avantages économiques et sociaux pour leurs citoyens, s’y emploient par le biais de différentes approches politiques qui reflètent leurs priorités nationales, leurs contextes politiques et leurs capacités institutionnelles.
Pour commencer, le Mali a adopté une attitude proactive en 2023 en mettant en œuvre un nouveau code minier qui renforce la participation de l’État dans les projets miniers et actualise le cadre fiscal. Le gouvernement a également contesté les accords existants conclus avec des sociétés minières internationales, affirmant qu’ils ne généraient pas suffisamment de bénéfices pour le pays. Ces mesures témoignent de la volonté du Mali de renforcer le contrôle de l’État sur les ressources minérales et d’augmenter les recettes publiques issues de l’exploitation aurifère (reuters.com).
Deuxièmement, le Ghana a adopté une stratégie réglementaire axée sur le marché dans son secteur minier, en mettant l’accent sur les réformes juridiques plutôt que sur la nationalisation des actifs. Parmi les principales initiatives figurent la modification des lois minières et la création du Ghana Gold Board afin d’assurer un meilleur contrôle du commerce de l’or, de renforcer la participation locale et d’accroître les recettes fiscales. Cette approche vise à renforcer l’influence de l’État dans la chaîne de valeur de l’or tout en attirant les investissements privés (goldbod.gov.gh ; reuters.com).
Troisièmement, le gouvernement du Burkina Faso a renforcé l’implication de l’État. Pour ce faire, il a révisé son code minier afin de renforcer la participation de l’État dans des projets clés et a créé une société minière publique chargée de gérer certains actifs. Ces réformes visent à favoriser la contribution directe du secteur minier au développement économique, dans un contexte de défis sécuritaires persistants (cnbcafrica.com ; reuters.com ; swp-berlin.org).
La Guinée entend accroître la valeur économique tirée de ses abondantes réserves de bauxite en favorisant le nationalisme des ressources. Le gouvernement encourage les investissements nationaux dans le raffinage et la transformation des minerais afin de réduire la dépendance vis-à-vis des exportations de minerais bruts. Cette stratégie témoigne d’une prise de conscience croissante des avantages que présente la transformation locale pour conserver une plus grande valeur économique (reuters.com).
De toute évidence, le nationalisme des ressources en Afrique de l’Ouest varie d’un gouvernement à l’autre. Malgré ces différences, l’objectif primordial est de veiller à ce que les richesses minérales de la région contribuent de manière significative au développement national, à la résilience économique et à la prospérité à long terme.
Et maintenant ?
Que ce soit par le biais d’une révision de la législation minière, d’une participation accrue de l’État ou d’investissements dans la transformation locale des minerais, les gouvernements cherchent à tirer davantage de valeur des ressources abondantes de la région (afdb.org).
Le succès de ces efforts dépendra toutefois de bien plus qu’un renforcement du contrôle de l’État.
Pour garantir que les réformes débouchent sur un développement économique durable, il sera essentiel de disposer d’institutions solides, d’une gouvernance transparente, de politiques cohérentes et de relations constructives avec les investisseurs. La Banque mondiale a souvent constaté que lorsque les changements en matière de gestion des ressources s’accompagnent d’une bonne gouvernance, d’une responsabilité accrue et de politiques favorables à l’investissement, les pays disposant de ressources abondantes et de grande valeur obtiennent de meilleurs résultats (Banque mondiale, 2024).
Les sociétés minières et les investisseurs réévaluent le paysage d’investissement de la région. Beaucoup reconnaissent les aspirations légitimes des gouvernements à accroître les retombées nationales tirées des ressources minérales, mais ils recherchent également des cadres réglementaires stables qui garantissent la sécurité des investissements à long terme. Trouver un équilibre entre les intérêts nationaux et la confiance des investisseurs restera donc l’un des défis politiques les plus importants de la région (OCDE, 2026).
Conclusion
En fin de compte, la question de savoir à qui appartiennent les mines n’est plus la seule à faire l’objet de débats. Il s’agit désormais de savoir comment les richesses minérales sont gérées, comment leurs bénéfices sont répartis, et si l’Afrique de l’Ouest est en mesure de transformer ses richesses naturelles en un développement économique à long terme. Les décisions prises aujourd’hui influenceront l’avenir du secteur minier ainsi que la trajectoire de croissance globale de la région pour les décennies à venir.
Références
González, A., Sánchez, F. et Castillo, E. « La nationalisation des grandes mines de cuivre au Chili : investissement réussi ou échec financier ? ».*MinerEcon* 37, 787–807 (2024). https://doi.org/10.1007/s13563-023-00412-z
Grynberg, R., et Singogo, F. K. (2021). African Gold. Springer International Publishing.
https://documents1.worldbank.org/curated/en/099100824155021548/pdf/P17844617dfe6e0241ad25120b1320904c2.pdf (consulté le 17 juillet 2026)
https://goldbod.gov.gh/goldbod-at-1-a-strategic-reset-of-ghanas-gold-trading-architecture
https://www.afdb.org/en/news-and-events/africa-wants-make-its-critical-minerals-lever-industrialisation-and-economic-transformation-95515 (consulté le 17 juillet 2026)
https://www.cnbcafrica.com/2026/burkina-faso-grants-permit-to-state-owned-gold-miner-for-bouboulou-project (consulté le 17 juillet 2026)
https://www.oecd.org/content/dam/oecd/en/events/2026/04/critical-minerals-forum/oecd-critical-minerals-regional-note-africa.pdf (consulté le 17 juillet 2026)
https://www.reuters.com/world/africa/burkina-faso-nationalise-more-industrial-mines-prime-minister-says-2025-04-29/ (consulté le 17 juillet 2026)
https://www.reuters.com/world/africa/ghana-approves-revised-mining-law-strengthen-oversight-2026-07-15/ (consulté le 16 juillet 2026)
https://www.reuters.com/world/africa/gold-miners-set-stay-mali-despite-attacks-industry-sources-say-2026-04-28/ (consulté le 17 juillet 2026)
https://www.reuters.com/world/africa/guinea-plans-regional-gold-refining-hub-west-african-race-intensifies-2026-06-29 (consulté le 16 juillet 2026)
https://www.spglobal.com/market-intelligence/en/news-insights/research/2026/05/ghanas-gold-mining-reforms-resource-nationalism-by-regulation (consulté le 16 juillet 2026)
https://www.swp-berlin.org/en/publication/mta-spotlight-69-resource-nationalism-in-the-sahel (consulté le 16 juillet 2026)
https://www.swp-berlin.org/en/publication/mta-spotlight-69-resource-nationalism-in-the-sahel (consulté le 17 juillet 2026)
Kaup, B. Z. (2010). Une nationalisation néolibérale ? Les contraintes pesant sur le développement fondé sur le gaz naturel en Bolivie. Latin American Perspectives, 37(3), 123-138.
Kemp, D., & Owen, J. R. (2025). L’exploitation minière mondiale et la production des inégalités : arguments en faveur de la poursuite des recherches. World Development Perspectives, 39, 100708.
Stevens, P., Lahn, G. et Kooroshy, J. (2015). « La malédiction des ressources : une nouvelle approche ». Londres : Chatham House pour le Royal Institute of International Affairs.
Wilson, J. D. (2015). Comprendre le nationalisme des ressources : dynamiques économiques et institutions politiques. Contemporary Politics, 21(4), 399-416.
Zhe, W., & Sun, N. (2025). L’impact du nationalisme des ressources sur la politique africaine en matière de minéraux critiques. Country, Area and Advanced Technology, 1(1).



























