La géographie du terrorisme mondial a considérablement changé. Alors que le nombre de décès liés au terrorisme dans le monde a diminué en 2025, la menace s’est concentrée en Afrique, en particulier au Sahel. Le Global Terrorism Index 2026 indique que le Sahel représente désormais plus de la moitié des décès liés au terrorisme dans le monde (Institute for Economics & Peace [IEP], 2026).
Cette évolution a des conséquences directes pour le Ghana. Bien que le pays n’ait pas connu d’attaques terroristes à grande échelle comparables à celles du Burkina Faso, du Mali, du Niger ou du Nigeria, il serait inexact de dire que le Ghana est épargné. Les faits montrent que le pays est de plus en plus exposé en raison de la porosité de ses frontières, de l’instabilité régionale et du recrutement de ses citoyens dans des conflits étrangers.
Le Sahel, nouvel épicentre
Le Sahel est devenu le théâtre central du terrorisme mondial. Des groupes extrémistes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, dont le Jamaat Nusrat al-Islam wal Muslimeen (JNIM), ont étendu leur influence dans des régions faiblement gouvernées. Ces groupes exploitent les régions frontalières, les griefs locaux et la présence limitée de l’État.
Malgré une baisse de 28 % du nombre de décès dus au terrorisme dans le monde en 2025, la violence reste fortement concentrée dans les États africains fragiles (IEP, 2026). Cette concentration met en évidence un changement structurel plutôt qu’une fluctuation temporaire.

Source : GTI 2026 – Institute of Economics & Peace GTI 2026 – Institute of Economics & Peace
Les moteurs de l’expansion extrémiste
L’expansion des groupes extrémistes en Afrique subsaharienne est principalement motivée par des problèmes de gouvernance plutôt que par la seule idéologie. Des facteurs tels que la pauvreté, le chômage, la marginalisation, la faiblesse des institutions et les violations des droits de l’homme créent un terrain fertile pour le recrutement.
Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), 71 % des personnes qui ont volontairement rejoint des groupes extrémistes ont cité les actions du gouvernement, en particulier les abus des forces de sécurité, comme point de basculement (PNUD, 2017). Cette constatation souligne l’importance d’équilibrer les opérations de sécurité avec les protections des droits de l’homme.
Le Ghana n’est pas immunisé
Le Ghana est souvent perçu comme étant à l’abri du terrorisme, mais les preuves disponibles suggèrent le contraire. Au fil des ans, plusieurs rapports ont indiqué que le nord du Ghana pourrait avoir été utilisé par intermittence comme zone logistique ou de soutien par des militants opérant dans le Burkina Faso voisin. Bien que ces affirmations doivent être interprétées avec prudence, elles mettent en évidence des vulnérabilités potentielles.
Plus concrètement, le Ghana a connu des cas de recrutement de ses citoyens dans des conflits étrangers. En 2026, le gouvernement ghanéen a rapporté qu’au moins 272 Ghanéens avaient été recrutés pour combattre dans la guerre entre la Russie et l’Ukraine, et que des dizaines d’entre eux auraient été tués (Pilling, 2026). Bien que cette situation ne constitue pas un acte terroriste en soi, elle démontre l’existence de réseaux de recrutement capables de mobiliser des Ghanéens dans des conflits armés à l’étranger.
Lacunes juridiques et politiques
Le Ghana a mis en place un cadre juridique pour lutter contre le terrorisme grâce à la loi antiterroriste de 2008 (loi 762), qui criminalise les actes terroristes, le financement, le recrutement et les activités de soutien (République du Ghana, 2008). En outre, la loi sur l’enrôlement à l’étranger de 1961 (loi 75) régit l’enrôlement de citoyens ghanéens dans des forces armées étrangères (République du Ghana, 1961).
Toutefois, l’évolution des menaces met en évidence les lacunes de ces cadres. Les lois existantes n’abordent pas suffisamment les tactiques modernes de recrutement, notamment la tromperie en ligne, les agents informels et les réseaux transnationaux. Un instrument juridique plus complet, axé spécifiquement sur les combattants étrangers et le recrutement dans les conflits armés, pourrait renforcer la capacité de prévention du Ghana.
Recommandations politiques
Pour réagir efficacement, le Ghana doit adopter une approche proactive et multidimensionnelle.
- Le Parlement devrait envisager de promulguer une législation actualisée ciblant le recrutement dans les conflits étrangers, y compris le terrorisme, les activités mercenaires et les groupes armés irréguliers. Une telle loi devrait criminaliser les recruteurs, les facilitateurs, les financiers et les intermédiaires numériques.
- Deuxièmement, le Ghana devrait renforcer les systèmes de renseignements frontaliers, en particulier dans les régions du nord. Il s’agit notamment d’améliorer la surveillance des points de passage informels, d’investir dans la collecte de renseignements et de renforcer la collaboration avec les communautés locales.
- Les opérations de sécurité doivent donner la priorité aux droits de l’homme et à la responsabilité. Les faits montrent que les abus commis par les forces de sécurité peuvent contribuer à la radicalisation plutôt que de la prévenir (PNUD, 2017).
- Quatrièmement, le gouvernement ghanéen devrait approfondir la coopération régionale par le biais de la CEDEAO et de l’initiative d’Accra. L’échange coordonné de renseignements et les opérations conjointes sont essentiels compte tenu de la nature transfrontalière des activités extrémistes.
Le gouvernement devrait investir davantage dans le développement socio-économique du nord du Ghana. L’emploi, l’éducation, les infrastructures et l’accès aux services sont des éléments essentiels de la prévention à long terme.
Enfin, les campagnes de sensibilisation du public devraient être étendues afin d’éduquer les citoyens sur les tactiques de recrutement, en particulier celles qui ciblent les jeunes en leur promettant des opportunités d’emploi ou de migration.
Conclusion
L’émergence de l’Afrique en tant qu’épicentre du terrorisme mondial est un changement significatif qui a des implications directes pour le Ghana. Bien que le pays n’ait pas encore subi d’attaques généralisées, il est de plus en plus exposé en raison de l’instabilité régionale, des réseaux de recrutement et de la vulnérabilité de ses frontières.
La leçon à tirer du Sahel est claire : la prévention est plus efficace que la réponse. Le Ghana doit renforcer ses cadres juridiques, améliorer ses systèmes de renseignement, promouvoir des pratiques de sécurité responsables et investir dans les communautés vulnérables.
La menace n’est pas seulement que le terrorisme pénètre au Ghana, mais que les conditions qui le favorisent s’enracinent à l’intérieur du pays. Il est donc essentiel d’agir rapidement et de manière décisive.
Références
Adegoke, Y. (2024). Le nord du Ghana devient une base pour les organisations terroristes sahéliennes. Forum sur la défense de l’Afrique. https://adf-magazine.com
Institut pour l’économie et la paix. (2026). Global Terrorism Index 2026 : Measuring the impact of terrorism. https://www.economicsandpeace.org
Pilling, D. (2026, 27 février). Ghanaians recruited to fight in Ukraine war. The Guardian. https://www.theguardian.com
République du Ghana. (1961). Loi sur l’enrôlement à l’étranger, 1961 (loi 75).
République du Ghana. (2008). Loi antiterroriste, 2008 (loi 762).
Programme des Nations Unies pour le développement. (2017). Le voyage vers l’extrémisme en Afrique : Les moteurs, les incitations et le point de basculement du recrutement. PNUD. https://www.undp.org




























