Introduction
La concurrence géopolitique contemporaine se caractérise moins par une confrontation directe que par un engagement indirect par l’intermédiaire de mandataires, d’un levier économique et d’une influence secrète. Les conflits impliquant l’Iran illustrent ce changement, l’influence étant souvent projetée par le biais de réseaux plutôt que par un déploiement militaire conventionnel. Dans ce contexte, l’Afrique est géographiquement éloignée de ces conflits mais de plus en plus interconnectée par des canaux financiers, idéologiques et logistiques.
L’architecture de procuration existante de l’Iran : L’importance de l’Afrique
La stratégie d’engagement extérieur de l’Iran a toujours mis l’accent sur l’influence indirecte, principalement coordonnée par le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et sa Force Qods. Ces structures soutiennent des acteurs et des réseaux non étatiques qui opèrent dans plusieurs régions. Le CGRI est une branche puissante de l’armée iranienne, distincte de l’armée régulière, qui protège le gouvernement iranien et son système révolutionnaire. Il protège le gouvernement iranien et son système révolutionnaire.
Il contrôle les capacités militaires stratégiques (y compris les missiles) et exerce une influence politique considérable à l’intérieur du pays. La Force Qods, qui se concentre sur les opérations extérieures, est une unité du Corps des gardiens de la révolution islamique. Elle soutient des groupes alliés (souvent appelés mandataires), forme des milices et mène des opérations de renseignement à l’étranger.
Le Hezbollah représente l’une des composantes les plus établies de cette architecture, avec des activités qui s’étendent au-delà du Moyen-Orient dans certaines parties de l’Afrique. Le Hezbollah est une puissante organisation politique et militante basée au Liban. Hezbollah signifie « Parti de Dieu » (en arabe). Il dispose d’une branche militaire bien entraînée, fortement armée (roquettes, drones, combattants) et participe au gouvernement libanais. Il détient des sièges au parlement, ce qui lui confère une influence significative sur les décisions nationales. Il est lié à l’Iran par l’intermédiaire du CGRI et de la Force Qods.
Les recherches indiquent que les réseaux liés au Hezbollah ont opéré en Afrique de l’Ouest par le biais des communautés de la diaspora, des entreprises commerciales et des systèmes financiers informels (Levitt, 2013 ; Clarke, 2014). Ces réseaux ont été associés à des activités de collecte de fonds, de logistique et de commerce qui soutiennent des objectifs organisationnels plus larges.
Outre les canaux financiers et logistiques, l’Iran a poursuivi son engagement idéologique dans certains contextes africains. Par exemple, le développement de mouvements chiites au Nigéria a été lié à des efforts de sensibilisation religieuse et éducative (Thurston, 2016). Bien que ces activités ne constituent pas en soi des menaces pour la sécurité, elles illustrent la nature multiforme de l’influence qui combine des dimensions sociales, religieuses et politiques.
L’Afrique n’est pas un nouvel espace d’engagement, mais un théâtre secondaire existant au sein de réseaux d’influence plus vastes.
Comment la guerre accélère l’expansion des procurations
Les périodes de pression accrue sur l’Iran, qu’elles soient militaires, économiques ou politiques, ont historiquement coïncidé avec un recours accru aux stratégies asymétriques. Celles-ci comprennent les opérations secrètes, la mobilisation de mandataires et l’expansion des réseaux transnationaux (Byman, 2012).
Dans un contexte africain, cette dynamique peut se manifester de plusieurs manières :
- Renforcer les liens avec les acteurs ou intermédiaires locaux
- Développer les corridors financiers et logistiques à travers les économies informelles
- L’utilisation de régions où la surveillance de l’État est limitée pour assurer une plus grande profondeur opérationnelle
Alors que la pression s’intensifie au Moyen-Orient, l’Afrique peut servir de zone de profondeur stratégique, permettant des opérations indirectes géographiquement éloignées des principales zones de conflit. Cela n’implique pas nécessairement une militarisation à grande échelle, mais plutôt une expansion progressive des réseaux d’influence.
Des puissances extérieures concurrentes : L’Afrique en tant qu’espace stratégique
L’importance géopolitique de l’Afrique s’est considérablement accrue, attirant l’engagement de multiples acteurs extérieurs ayant des intérêts stratégiques distincts.
- États-Unis : Accent mis sur la lutte contre le terrorisme, la coopération en matière de sécurité et le soutien à la gouvernance
- Russie : Expansion des partenariats de sécurité et de l’implication paramilitaire
- Chine : L’accent est mis sur les investissements dans les infrastructures et l’intégration économique
- Iran : Développement de réseaux idéologiques, financiers et par procuration
Une escalade impliquant l’Iran pourrait intensifier ces engagements qui se chevauchent. Une surveillance accrue des activités liées à l’Iran par les États-Unis et leurs partenaires pourrait entraîner des réponses adaptatives, notamment la diversification des espaces opérationnels. Dans le même temps, d’autres acteurs mondiaux pourraient renforcer leur engagement en Afrique dans un contexte d’évolution de l’attention géopolitique.
Implications pour la sécurité de l’Afrique
L’introduction ou l’expansion d’une influence idéologique extérieure peut interagir avec les dynamiques sociales existantes dans les États africains. Dans les régions caractérisées par la diversité religieuse, cette influence peut contribuer à des tensions localisées, en particulier lorsque les structures de gouvernance sont déjà mises à l’épreuve ou que les mécanismes de gestion des relations intercommunautaires sont limités. Les acteurs extérieurs ne créent pas nécessairement ces divisions, mais leur implication peut façonner les récits, renforcer les identités et influencer l’équilibre de la cohésion sociale dans des environnements sensibles (Mustapha, 2014).
Les réseaux de mandataires ont également tendance à se croiser avec les systèmes économiques illicites, créant ce qui est souvent décrit comme une convergence entre les activités criminelles et les opérations à motivation politique. Dans certaines régions d’Afrique, il peut s’agir de participer au trafic d’armes, au commerce des stupéfiants, à l’extraction illicite et à la commercialisation de ressources naturelles telles que l’or et les diamants, ou de faciliter ces activités. Ces activités qui se chevauchent compliquent les réponses des services de répression, car elles brouillent les frontières entre le crime organisé et l’influence par procuration. Par conséquent, il devient de plus en plus difficile pour les autorités étatiques de faire la distinction entre les motivations économiques et stratégiques (Shaw & Reitano, 2013).
En outre, des opérations secrètes pourraient se dérouler sur le sol africain à mesure que les réseaux de mandataires se développent. Des cas historiques indiquent que des activités liées au renseignement étranger ont eu lieu sur le continent, impliquant parfois la surveillance, la coordination logistique ou le contrôle et le ciblage d’intérêts étrangers ou diplomatiques. Bien que ces activités soient souvent discrètes, leur présence reflète l’utilisation plus large d’environnements opérationnels indirects en dehors des zones de conflit primaires. L’expansion des réseaux de mandataires pourrait accroître la probabilité de voir apparaître des schémas similaires à l’avenir (Levitt, 2013).
Les sites stratégiques de l’Afrique acquièrent également une importance géopolitique croissante, en particulier les corridors tels que la mer Rouge et certaines parties de la Corne de l’Afrique. Ces régions constituent des nœuds essentiels pour le commerce mondial et les mouvements maritimes. L’intérêt des acteurs extérieurs pour l’accès, les partenariats ou l’influence dans ces zones a des répercussions sur la stabilité régionale, la sécurité maritime et l’équilibre des pouvoirs. Même des formes limitées d’engagement peuvent contribuer à une militarisation progressive ou à une concurrence stratégique dans ces zones (Fulton, 2019).
Plusieurs facteurs structurels déterminent en outre la mesure dans laquelle les États africains peuvent être exposés à une influence extérieure par procuration. Dans certains contextes, les capacités limitées de contrôle des frontières permettent la circulation des biens, des finances et du personnel à travers des frontières poreuses. La prévalence d’économies informelles et basées sur l’argent liquide peut faciliter les flux financiers non réglementés, ce qui permet aux réseaux extérieurs d’opérer plus facilement sans être détectés. Les lacunes en matière de gouvernance dans certaines régions, combinées à l’instabilité persistante dans des zones telles que le Sahel et la Corne de l’Afrique, créent des environnements dans lesquels des acteurs extérieurs peuvent établir ou étendre leur présence. Ces conditions ne sont pas uniformes sur le continent, mais là où elles existent, elles peuvent fournir des points d’entrée pour une influence indirecte et le développement de réseaux.
Conclusion
L’évolution de la nature des conflits mondiaux souligne l’importance d’examiner les formes indirectes d’influence. Les développements impliquant l’Iran ne se limitent pas au Moyen-Orient, mais ont le potentiel de façonner la dynamique dans d’autres régions, y compris l’Afrique.
La guerre d’Iran n’est pas seulement un conflit au Moyen-Orient. C’est un catalyseur qui pourrait accélérer l’expansion des réseaux de mandataires en Afrique, transformant certaines parties du continent en lieux de confrontation indirecte entre les puissances mondiales.
La compréhension de ces dynamiques est essentielle pour les décideurs politiques, les chercheurs et les institutions régionales qui cherchent à anticiper et à gérer les risques de sécurité émergents.
Références
Byman, D. (2012). Deadly connections : States that sponsor terrorism. Cambridge University Press.
Clarke, C. P. (2014). Le terrorisme en Afrique : L’évolution des groupes islamistes militants. Praeger.
Fulton, J. (2019). L’évolution du rôle de la Chine au Moyen-Orient. Note d’information du Conseil de l’Atlantique.
Levitt, M. (2013). Hezbollah : L’empreinte mondiale du parti de Dieu au Liban. Georgetown University Press.
Mustapha, A. R. (2014). Sectes et désordre social : Muslim identities and conflict in Northern Nigeria. James Currey.
Shaw, M. et Reitano, T. (2013). L’évolution de la criminalité organisée en Afrique. African Affairs, 112(448), 1-23.
Thurston, A. (2016). Le salafisme au Nigeria : Islam, preaching, and politics. Cambridge University Press.




























