Introduction
Le 22 janvier 2026, les États-Unis ont achevé leur retrait de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), marquant la première sortie d’un membre fondateur et de la plus grande économie mondiale de l’agence de l’ONU en près de quatre-vingts ans. Cette décision, initiée par un décret en janvier 2025, a suivi une période de préavis obligatoire d’un an, conduisant à la cessation de la participation des États-Unis à la gouvernance de l’OMS, à la fin du soutien financier et au rappel du personnel de santé publique engagé dans les programmes de l’OMS à l’échelle mondiale (cdc.gov ; bbc.com). L’administration Trump a justifié cette décision en critiquant la gestion par l’OMS de la pandémie de COVID-19, en invoquant de prétendus problèmes de transparence et une résistance à la réforme. Les experts en santé publique avertissent que le retrait des États-Unis diminue considérablement les capacités mondiales de détection, de prévention et de traitement des menaces de maladies infectieuses, compromet des années d’efforts de collaboration en matière de santé publique et exacerbe les disparités sanitaires entre les pays riches et ceux dont les systèmes de santé sont vulnérables (hhs.gov ; who.int).
Pendant des décennies, les États-Unis ont été le plus grand contributeur financier de l’OMS, fournissant des fonds importants pour soutenir diverses fonctions, notamment la surveillance des maladies, la réponse aux épidémies et les campagnes de vaccination dans les pays à revenu faible et intermédiaire. En plus de créer un important déficit budgétaire qui a entraîné des réductions de personnel et de programmes, le retrait des États-Unis du financement et de la participation élimine une voix et une ressource essentielles dans la prise de décision en matière de santé mondiale, à un moment où la détection des menaces, la distribution de vaccins et la préparation aux pandémies restent des priorités mondiales essentielles (reuters.com ; time.com).
Les conséquences de ce retrait ne seront pas ressenties de la même manière. Les initiatives qui dépendent fortement de la coordination de l’OMS, telles que l’éradication de la poliomyélite, les souches de grippe, la surveillance qui guide la création de vaccins annuels et les réponses d’urgence à des épidémies comme la dengue ou Ebola, sont particulièrement menacées. L’échange rapide de renseignements sanitaires devient plus précaire sans la participation des États-Unis aux comités techniques de l’OMS et aux plateformes de partage de données, ce qui risque de retarder l’identification de nouveaux dangers et d’entraver les réponses internationales. Dans les pays dont l’infrastructure de santé publique est inadéquate, où la présence de l’OMS a été cruciale pour fournir des connaissances, une logistique et une assistance continue pour la gestion des maladies, ces conséquences seront ressenties plus vivement (Aremu et al., 2025 ; time.com).
Les cadres de santé mondiaux comportent une dimension morale, les nations riches influençant la coopération alors que les nations plus pauvres et les populations vulnérables sont confrontées aux fardeaux les plus lourds en matière de santé. Le retrait des États-Unis soulève d’importantes questions sur l’équité des responsabilités en matière de santé mondiale, sur la question de savoir qui supporte le risque lorsque les systèmes s’affaiblissent et sur la manière dont les maladies infectieuses ne tiennent pas compte des frontières géopolitiques.
Ce que les États-Unis en ont fait
Le retrait des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) signifie une perte importante de soutien financier et technique, car ils étaient le plus grand contributeur, fournissant environ 1,3 milliard de dollars au cours de l’exercice biennal 2022-2023. Ce financement représentait 15 à 18 % du budget total de l’OMS, ce qui est crucial pour la flexibilité opérationnelle et les initiatives de santé mondiale. La sortie a des impacts budgétaires immédiats, car l’OMS dépend des contributions volontaires pour entreprendre ses programmes (who.int).
Les États-Unis n’ont pas seulement fourni des transferts d’argent. Ils ont fourni une expertise technique et des capacités de recherche essentielles aux programmes de santé mondiale par l’intermédiaire des centres de collaboration de l’OMS hébergés dans le pays, dont plusieurs centres soutenus par les Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC), les Instituts nationaux de la santé (NIH) et les principales institutions universitaires américaines. Ces centres soutiennent les diagnostics de laboratoire, la recherche épidémiologique, le renforcement des capacités de réaction aux épidémies dans les pays partenaires, ainsi que la surveillance et le contrôle des maladies à fort impact, notamment la grippe et les agents pathogènes émergents (Aremu et al., 2025 ; who.int).
En outre, les professionnels du gouvernement américain ont fréquemment participé aux groupes de travail techniques et aux groupes consultatifs de l’OMS, contribuant ainsi à l’élaboration de recommandations fondées sur des données probantes concernant la prévention des maladies et le renforcement du système de santé (who.int). Le retrait officiel et le rappel de ces employés perturbent les voies établies de partage d’informations et de réaction coopérative.
Effets de l’affaiblissement des systèmes de santé mondiaux
L’infrastructure mondiale de santé publique dépend de systèmes coordonnés de surveillance et de réaction pour détecter et gérer les menaces de maladies infectieuses. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) joue un rôle clé dans ce processus, en facilitant la surveillance internationale des maladies, en normalisant les rapports et en coordonnant les réponses rapides. Elle sert de système d’alerte précoce, faute de quoi des vagues d’infections non détectées peuvent passer inaperçues jusqu’à ce qu’elles aient déjà franchi les frontières et submergé les capacités locales (who.int).
La réduction du financement mondial et du soutien technique, en particulier à la suite du retrait des États-Unis de l’OMS, a entraîné des perturbations majeures dans les systèmes de santé. Une enquête de l’OMS a révélé que 108 pays à revenu faible ou intermédiaire étaient confrontés à des problèmes généralisés en matière de préparation aux situations d’urgence et de surveillance de la santé, 70 % d’entre eux faisant état de perturbations dans la détection des épidémies et la réponse à y apporter. Ces lacunes compromettent les efforts de suivi et d’endiguement des maladies, ce qui entraîne une détection tardive et une augmentation de la morbidité et de la mortalité (who.int).
L’affaiblissement de l’infrastructure de surveillance mondiale menace également les efforts déployés de longue date au niveau mondial pour surveiller les menaces de pandémie et y répondre. Les réseaux coordonnés par l’OMS et comprenant des laboratoires dans de nombreux pays dépendent d’une coopération soutenue et du partage des données pour informer la conception des vaccins et les stratégies d’endiguement des épidémies. Les interruptions de ces systèmes réduisent la connaissance de la situation et érodent la confiance dans les mécanismes de détection internationaux (Ogieuhi et al., 2025).
Qui est le plus touché ?
La dégradation des systèmes de santé mondiaux a un impact disproportionné sur les pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI), en particulier ceux dont les systèmes fragiles dépendent d’une aide extérieure. Par rapport aux pays avancés, ces populations souffrent depuis longtemps de disparités en matière de santé qui se traduisent par des résultats moins bons, des difficultés financières plus importantes et une charge de morbidité plus lourde (who.int).
Selon une évaluation de l’Organisation mondiale de la santé réalisée en 2025, 70 % des pays à revenu faible ou moyen inférieur ont connu des perturbations dans la préparation aux situations d’urgence, la surveillance de la santé publique et les services essentiels en raison de la réduction de l’aide extérieure. Les principaux domaines touchés sont la détection des épidémies, le VIH, la tuberculose, les services de lutte contre le paludisme et la santé maternelle et infantile. Ces perturbations mettent en lumière d’importantes inégalités en matière de santé ; par exemple, les enfants des pays pauvres ont 13 fois plus de risques de mourir avant l’âge de cinq ans que les enfants des pays riches, et 94 % des décès maternels dans le monde surviennent dans ces contextes. L’affaiblissement du soutien peut exacerber ces inégalités en augmentant la transmission des maladies et en retardant le traitement (Khorram- Manseh et al., 2025 ; Ogieuhi et al., 2025 ; who.int).
En pratique, cela illustre le coût humain. Malheureusement, cette situation est aggravée dans les pays où les dépenses de santé à la charge des patients font déjà basculer des millions de personnes dans la pauvreté en raison des coûts catastrophiques de la santé. Ainsi, les populations qui ressentent en premier l’impact le plus important sont celles qui dépendent le plus de la coopération internationale et du financement externe pour maintenir les services essentiels, c’est-à-dire les communautés les plus pauvres dans les environnements les plus pauvres (who.int).
Pourquoi cela ne reste pas au même endroit
Les frontières nationales n’ont aucun pouvoir lorsqu’il s’agit de maladies infectieuses ; dans une société mondialisée, un risque sanitaire apparaissant dans une région se propage rapidement à d’autres parties du monde. Grâce aux réseaux de transport, aux routes commerciales ou aux schémas migratoires, la mobilité humaine moderne, le commerce et les changements écologiques permettent la propagation géographique rapide des maladies, ce qui montre qu’aucune nation n’est à l’abri de la dynamique sanitaire mondiale. Des épidémies antérieures, telles que COVID-19, ont montré comment des groupes d’infection localisés se propagent rapidement à travers les frontières internationales par le biais des voyages aériens, nécessitant des mesures coordonnées dans le cadre du règlement sanitaire international pour arrêter la propagation. Cette susceptibilité interdépendante est à l’origine de l’existence de systèmes mondiaux de surveillance des maladies et de réaction, dont beaucoup sont coordonnés par l’Organisation mondiale de la santé (cdc.gov ; who.int).
Un exemple typique est le Réseau mondial d’alerte et d’action en cas d’épidémie (GOARN) de l’OMS, qui analyse régulièrement des signaux provenant de centaines de sources, évaluant rapidement les risques et allouant des ressources dans les 48 heures suivant l’identification. Liu et al. (2025) indiquent que, selon l’OMS, 3013 foyers de maladies infectieuses ont été enregistrés entre 1996 et 2023. Cela démontre la fréquence et l’ampleur des problèmes de santé mondiaux qui requièrent une attention coordonnée, prouvant que de tels systèmes ne sont pas simplement théoriques (cdc.gov).
Nombre de ces maladies infectieuses ont été recensées dans des pays éloignés des foyers initiaux, ce qui montre comment les maladies peuvent se propager et se réinstaller dans des endroits éloignés en raison d’une surveillance inadéquate et de frontières perméables (apnews.com ; cdc.gov ; lemonde.fr). Cette réalité a été rappelée aux décideurs politiques lors de la pandémie de COVID-19 et renforcée par les épidémies à venir.
Les risques sanitaires se propagent vers l’extérieur, affectant les économies, les systèmes de santé et les populations du monde entier. En ce sens, le sous-investissement ou le désengagement des mécanismes de santé mondiaux tels que l’OMS compromet la sécurité collective, rendant toute population, riche ou pauvre, plus vulnérable à la prochaine menace émergente.
Conclusion
L’OMS devrait être confrontée à des déficits de financement persistants et à des contraintes opérationnelles en raison de l’arrêt des contributions des États-Unis. Cette situation menace la capacité de l’organisation à maintenir des services de santé mondiaux essentiels tels que la surveillance des maladies et la réponse aux situations d’urgence. Le vide laissé pourrait modifier la dynamique du leadership mondial au sein de l’OMS et dans le domaine de la santé en général, la Chine et d’autres États cherchant à accroître leur influence dans le domaine de la santé mondiale, ce qui pourrait remodeler les priorités institutionnelles et le paysage géopolitique. Cela pourrait susciter des discussions sur les motivations qui sous-tendent les politiques de santé mondiale et entraîner une fragmentation de la coopération internationale, suscitant des réformes structurelles et de nouveaux modèles de financement. L’OMS prône la résilience des investissements dans le domaine de la santé, mais l’absence d’un leader mondial unifié risque de créer des accords décousus, empêchant de réagir efficacement aux menaces sanitaires mondiales telles que les pandémies.
Un engagement réduit auprès de l’OMS pourrait limiter l’accès des États-Unis à la surveillance mondiale des maladies et aux réseaux de recherche essentiels à la mise au point de vaccins et à la lutte contre les épidémies. Cette influence réduite pourrait empêcher les décideurs et les scientifiques américains d’anticiper et de gérer les risques sanitaires mondiaux émergents, ce qui aurait en fin de compte un impact sur la sécurité sanitaire nationale. Les conséquences de cette décision se feront sentir bien au-delà des couloirs du siège de l’OMS à Genève.
Références
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