Introduction
Le secteur des transports au Ghana a connu une croissance significative au fil des ans, entraînant des embouteillages le long des routes principales de la capitale du pays et des centres régionaux. Cette situation a donné lieu à l’émergence des motos commerciales, connues sous le nom d’okada. Bien que l’utilisation de l’okada soit considérée comme illégale selon le Code de la route, la réalité du paysage de la mobilité rurale et urbaine, en particulier les zones fortement peuplées et les villes frontalières, a engendré une dépendance à l’égard de cette forme de transport.
Compte tenu du taux de chômage élevé chez les jeunes, beaucoup se sont tournés vers la conduite d’une okada pour joindre les deux bouts. La question a été politisée par le gouvernement actuel qui a légalisé un commerce qui, autrement, était illégal. Il convient d’étudier les expériences en matière de sécurité et de renseignement d’autres pays africains où la réglementation sur les motos-taxis a évolué, afin d’adopter les meilleures pratiques.
Dynamique et politique de l’Okada au Ghana
Des discussions avec de nombreux automobilistes indiquent que l’utilisation des motos-taxis au Ghana est devenue à la fois courante et controversée. De nombreux Ghanéens sont favorables à une réglementation officielle, alors que la demande de motos-taxis ne cesse de croître dans toutes les régions. Les préoccupations en matière de sécurité sont à l’origine du soutien à la réglementation, soulignant l’importance des perceptions du risque.
Dans la région du Grand Accra, les conducteurs de véhicules utilitaires auraient une perception élevée des risques et des comportements généralement mitigés en matière de sécurité (par exemple, le port du casque). Les discussions des analystes de la CISA avec les conducteurs ont confirmé qu’ils considéraient leur travail comme dangereux.
Les visites effectuées dans certaines zones rurales révèlent la prévalence des services okada, jaune-jaune /pragia, opérant sur les routes de desserte essentielles qui relient les marchés et les fermes et facilitent le transport des marchandises et des passagers. L’incidence de ces services est plus élevée, en particulier là où les véhicules conventionnels sont moins viables, de nombreux conducteurs n’ayant pas de permis officiel ou d’immatriculation pour leurs motos. En cas d’incident, il est extrêmement difficile de retrouver le conducteur fautif.
Implications sécuritaires de la légalisation dans le contexte ghanéen
La question de la légalisation des Okada a été débattue et la question a été réglée avec l’adoption du projet de loi 2025 sur la circulation routière (amendement), qui légalise les opérations commerciales de motocycles, en attendant l’assentiment présidentiel. Les éléments suivants doivent être pris en compte pour rendre l’opérationnalisation efficace et relever les défis qui pourraient survenir.
- Mobilité des criminels et défis en matière de renseignement
L’agilité et l’adaptabilité des okadas en font des outils attrayants pour la criminalité et l’évasion rapide. Certains experts en transport ont mis en garde contre l’utilisation fréquente des motos dans les vols à l’arraché, les vols d’argent mobile et les délits de fuite, tandis que les motos non immatriculées ou faussement documentées compliquent l’identification des criminels et les opérations de renseignement.
Du point de vue du renseignement, les opérations d’okada sans restriction créent des « angles morts« pour les forces de l’ordre. En outre, leur anonymat et leur faible documentation limitent la visibilité analytique, ce qui réduit l’efficacité des enquêtes criminelles et de la détection des schémas.
- Capacité d’exécution et coordination
Les principales unités de contrôle de la circulation au Ghana – notamment le Motor Traffic and Transport Department (MTTD) et la Driver and Vehicle Licensing Authority (DVLA) – sont confrontées à des contraintes de capacité pour contrôler les volumes élevés d’okada sans systèmes numériques de soutien et sans protocoles de données partagées. Il est essentiel de s’assurer qu’il existe un soutien pour une conformité durable et un suivi numérique par le biais de réformes institutionnelles et d’investissements dans l’infrastructure de données.
- Nexus de la sécurité publique et de la sécurité sanitaire
Les opérations d’Okada sont associées à un nombre élevé de décès sur les routes : les données nationales indiquent que les décès de motocyclistes ont augmenté de façon spectaculaire, passant de 2,7 % des décès sur les routes en 2002 à 31,7 % en 2021, ce qui fait des deux-roues l’un des modes de transport les plus risqués au Ghana.
Cette tendance exerce une pression sur les systèmes d’intervention d’urgence et les infrastructures de santé, car les blessures graves causées par les accidents exigent des soins médicaux intensifs et une rééducation à long terme, ce qui mobilise des ressources publiques qui pourraient être affectées à d’autres tâches.
Études de cas comparatives
- Nigeria : Interdictions, application et informalité
Au Nigeria, en particulier dans l’État de Lagos, les autorités ont alternativement réglementé les okadas et les ont interdites sur les grands axes routiers afin de lutter contre la criminalité et les problèmes de sécurité. Ces interdictions visent à réduire les accidents et la criminalité opportuniste ; cependant, il semble que ces interdictions déplacent souvent l’activité plutôt qu’elles ne l’éliminent et qu’elles peuvent exacerber les pratiques informelles, compliquant ainsi les efforts en matière de renseignement.
L’expérience nigériane montre que l’application de la loi axée uniquement sur les interdictions peut involontairement rediriger la criminalité et l’activité économique vers d’autres espaces non réglementés, ce qui réduit la lisibilité des opérateurs pour l’État et nuit à la mise en place d’une police fondée sur des données.
- Kenya : Réglementation et intégration technologique
Les comtés kényans ont adopté une approche réglementaire plus décentralisée pour les boda-boda (motos-taxis), y compris l’enregistrement des conducteurs, l’octroi de licences et des propositions de systèmes de suivi pour améliorer le respect de la réglementation. Si l’application de la réglementation reste inégale, les initiatives visant à intégrer des données numériques (GPS, carnets de bord, etc.) ont amélioré la portée de la réglementation et l’accès aux renseignements, bien que des problèmes de ressources et de respect de la réglementation subsistent.
Le cas du Kenya montre comment une réglementation basée sur la technologie peut étendre la surveillance de l’État, même si cela dépend des ressources nécessaires à l’application de la réglementation et de la coopération des opérateurs.
- Rwanda : Formalisation structurée et résultats en matière de sécurité
Le secteur des motos-taxis au Rwanda fonctionne selon des attentes relativement rigoureuses en matière de sécurité et de réglementation, avec un large usage du casque et des interventions de sécurité basées sur des applications. Bien que l’officialisation n’ait pas éliminé tous les risques de sécurité, le Rwanda montre qu’un régime réglementaire structuré – associé à des campagnes de sécurité publique – peut atténuer les décès et intégrer les motos-taxis dans les écosystèmes de transport officiels.
Considérations politiques pour le Ghana
Pour maximiser les avantages de la légalisation de l’okada en matière de sécurité et de renseignement, le Ghana devrait adopter une stratégie politique multidimensionnelle :
- Systèmes numériques centralisés de délivrance des permis : Les systèmes biométriques ou numériques d’identification des conducteurs permettraient d’améliorer la traçabilité et le renseignement en reliant les individus aux incidents. En outre, l’implication de l’Autorité nationale de sécurité routière (NRSA) serait un facteur de financement pour garantir une meilleure sécurité.
- Formation obligatoire et certification de sécurité : Des programmes de formation structurés amélioreraient le comportement des conducteurs et produiraient des données de conformité utiles pour l’application de la législation.
- Intégration des données entre agences : Des bases de données partagées entre les autorités chargées de la circulation, les services de renseignement de la police et les autorités chargées de la délivrance des permis de conduire faciliteraient le partage rapide des informations et l’analyse en collaboration.
- Réglementation assistée par la technologie : L’utilisation de systèmes d’assistance GPS et de rapports mobiles améliorerait la transparence opérationnelle.
- Engagement de la communauté et du secteur : La collaboration avec les associations de conducteurs et les groupes de navetteurs peut contribuer à façonner les normes de conformité et à coproduire la sensibilisation à la sécurité.
Conclusion
La légalisation de l’okada au Ghana offre la possibilité d’officialiser une pratique de transport très répandue. Toutefois, les implications en matière de sécurité et de renseignement sont considérables. Pour être efficace, l’élaboration des politiques doit donner la priorité aux systèmes d’identification, à l’intégration des données, à la coordination de l’application de la loi et aux cadres de sécurité publique, afin de garantir que la légalisation renforce, plutôt qu’elle n’affaiblisse, les capacités nationales en matière de sécurité et de renseignement.
Le changement de réglementation au Ghana est un exemple essentiel de la manière dont les nouveaux modes de transport s’inscrivent dans des objectifs de gouvernance plus larges et dans la recherche d’un avenir urbain plus sûr et plus responsable.
Références
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Frimpong, A., Babah, P. A., Mensah, R. O., Obeel, C., Acquah, A. et Acheampong, J. W. (2021). The socioeconomic significance of the okada phenomenon in Ghana and implications on politics (L’importance socio-économique du phénomène okada au Ghana et ses implications politiques). Journal d’études interdisciplinaires africaines.
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