Introduction
Au Nigeria, les enlèvements sont passés d’un acte criminel localisé à un défi majeur pour la sécurité nationale, principalement motivé par des considérations financières. Initialement répandus dans la région du delta du Niger, ces enlèvements se sont étendus à l’ensemble du pays, visant des profils variés, notamment des enfants, des usagers des transports en commun et des professionnels de santé (Jones & Kotarska, 2025). Cette expansion géographique témoigne de la transformation de ce phénomène en un problème de criminalité organisée, qui affecte la stabilité sociale et les activités économiques.
Des rapports récents montrent que les enlèvements touchent de plus en plus des régions auparavant considérées comme sûres, telles que le sud-ouest, ce qui constitue une tendance préoccupante compte tenu de son évolution (reuters.com ; theguardian.com). Les conséquences de ce crime sont considérables : outre les pertes humaines et les traumatismes psychologiques, il sape la confiance du public dans les institutions de l’État et perturbe la production agricole ainsi que les investissements. L’enquête Afrobaromètre de 2025 fait écho à ces préoccupations, indiquant que l’insécurité est une préoccupation majeure pour les Nigérians, une part importante des personnes interrogées ayant un lien personnel avec des cas d’enlèvement et peu de confiance dans l’efficacité des forces de sécurité.
Les données de la Banque mondiale (2024) démontrent que l’insécurité et la fragilité érodent systématiquement ces atouts. Les pays touchés par une violence persistante sont souvent confrontés à un déclin du capital humain, à un affaiblissement des institutions, à des capacités budgétaires limitées et à une baisse des investissements dans les services essentiels tels que l’éducation, la santé et les infrastructures. Les perspectives de développement à long terme et la résilience nationale s’en trouvent compromises en raison de l’effet cumulatif de ces facteurs.
En conséquence, les débats politiques se sont concentrés sur le renforcement des stratégies policières et militaires, l’amélioration du renseignement et la réforme du système de justice pénale. Toutefois, cette approche pourrait ne pas résoudre pleinement le problème, car elle tend à négliger les effets cumulatifs des enlèvements sur les actifs productifs du pays et leurs conséquences à long terme pour le développement national (Berebon, 2025).
Cet article soutient que l’enlèvement constitue également un problème de gestion des ressources en raison de ses effets négatifs sur le développement national. L’insécurité menace les vies et les biens, mais elle entraîne également l’épuisement des ressources, leur sous-utilisation et la diminution du capital humain. Les ressources financières sont détournées vers les dépenses de sécurité et le paiement des rançons, tandis que le déclin agricole résulte du déplacement forcé des agriculteurs. L’article suggère qu’il est essentiel de comprendre les conséquences des enlèvements pour établir un lien entre les politiques de sécurité, la résilience économique et le développement durable, en plaidant pour la protection des biens nationaux parallèlement aux efforts de lutte contre la criminalité.
La sécurité au service de la protection des ressources
Les approches traditionnelles de la sécurité nationale ont principalement mis l’accent sur la protection de l’intégrité territoriale, de la souveraineté de l’État et de l’ordre public. Bien que ces objectifs restent importants, les travaux universitaires contemporains en matière de sécurité reconnaissent de plus en plus que la sécurité nationale va au-delà de la défense du territoire et de la lutte contre la criminalité.
Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) estime que la sécurité doit être appréhendée en fonction de la capacité des personnes à vivre à l’abri de la peur, de la privation et de la vulnérabilité chronique. Dans ce cadre, l’insécurité ne se limite pas aux conflits armés ou à la criminalité ; elle englobe également les conditions qui compromettent les moyens de subsistance, restreignent les opportunités et affaiblissent les fondements du développement humain. La sécurité et le développement se renforcent donc mutuellement, car les menaces qui pèsent sur l’un compromettent souvent l’autre.
Les cadres de sécurité modernes mettent l’accent sur la protection des personnes, des institutions, des infrastructures, des systèmes économiques et des ressources stratégiques qui permettent à un État de fonctionner efficacement et d’assurer son développement à long terme (Unité de la sécurité humaine des Nations unies ; Nature Index, 2025). Cette conception élargie se reflète dans les stratégies actuelles de sécurité nationale, qui intègrent de plus en plus la résilience, la sécurité économique, les chaînes d’approvisionnement, la technologie et les capacités institutionnelles dans la planification de la sécurité (Biden, 2022).
Selon cette approche, la sécurité consiste à protéger et à préserver les ressources stratégiques d’un pays. Ces ressources comprennent le capital humain, les ressources naturelles, les actifs financiers, les institutions publiques, les systèmes d’information et les infrastructures critiques (Dragomir, 2023). Lorsque ces atouts sont protégés, les sociétés sont mieux à même de maintenir leur productivité, d’attirer les investissements, de fournir des services publics et de faire face aux crises. À l’inverse, lorsque l’insécurité entrave l’accès à ces ressources, la résilience nationale s’en trouve affaiblie.
Cette conception plus large de la sécurité permet de mieux comprendre les implications des enlèvements au Nigeria. La persistance des enlèvements ne menace pas seulement les victimes individuelles. Elle perturbe également la participation au marché du travail, décourage les investissements, réduit l’activité agricole, met à rude épreuve les institutions publiques et accroît le détournement de ressources financières vers des interventions sécuritaires d’urgence. En ce sens, les enlèvements compromettent la disponibilité, la productivité et l’allocation efficace des ressources nationales.
Cadre
Le présent document définit les ressources nationales comme les atouts stratégiques qui sous-tendent les capacités de l’État et son développement. Elles comprennent les ressources humaines, naturelles, financières et institutionnelles. Les enlèvements affectent ces ressources par le biais de quatre mécanismes interdépendants ;
- L’appauvrissement du capital humain dû aux décès, aux déplacements de population, aux traumatismes et à la perturbation du parcours scolaire.
- Le détournement de ressources financières destinées à des investissements productifs vers des dépenses liées à la sécurité et aux rançons.
- Sous-utilisation des ressources naturelles, l’insécurité limitant les activités agricoles et autres activités économiques
- Une érosion des capacités institutionnelles à mesure que les systèmes de sécurité et de justice sont mis à rude épreuve. Collectivement, ces effets réduisent la productivité, affaiblissent la génération de recettes, découragent les investissements et limitent la capacité du gouvernement à poursuivre un développement durable.
Comment les enlèvements épuisent les ressources nationales
Les enlèvements ont des répercussions négatives sur les victimes et leurs familles, ainsi que sur la productivité et le développement nationaux. Ils sapent des atouts essentiels — humains, financiers, naturels et institutionnels —, ce qui entraîne un cercle vicieux dans lequel l’insécurité réduit la disponibilité des ressources et freine l’activité économique, affaiblissant ainsi les capacités de l’État.
Le capital humain est la ressource la plus directement touchée par les enlèvements. La menace persistante d’enlèvement perturbe la mobilité de la main-d’œuvre, décourage la participation économique et contribue à l’exode des professionnels qualifiés hors des zones à haut risque. Au-delà des préjudices physiques, les victimes souffrent souvent de traumatismes psychologiques qui réduisent leur productivité et leur employabilité à long terme. Les enlèvements d’élèves et les attaques contre les établissements scolaires entraînent des fermetures temporaires d’écoles, font baisser les taux de scolarisation et découragent la fréquentation scolaire dans les communautés touchées. Ces perturbations compromettent le développement futur de la main-d’œuvre en limitant l’accès à l’éducation et à l’acquisition de compétences qui auraient autrement permis d’élargir leurs capacités, essentielles au développement et à la résilience nationale (PNUD, 2025 ; UNICEF, 2024).
D’autre part, les enlèvements détournent les ressources financières des investissements productifs vers les dépenses de sécurité, ce qui conduit les gouvernements à augmenter les budgets consacrés à l’armée, aux forces de l’ordre et aux interventions d’urgence. Cela signifie que les entreprises doivent faire face à des coûts supplémentaires liés à la sécurité privée, aux assurances et aux perturbations, tandis que les ménages subissent des pertes financières dues au paiement de rançons. Cela représente des coûts d’opportunité considérables, car des fonds qui pourraient servir à améliorer les infrastructures, l’éducation et les soins de santé sont réaffectés pour lutter contre l’insécurité.
Le Nigeria dispose d’importantes ressources en terres agricoles, en minerais et en forêts, essentielles au développement ; toutefois, les enlèvements qui se poursuivent entravent leur exploitation. Les agriculteurs sont contraints de quitter leurs terres en raison de la menace d’enlèvement, ce qui réduit la production agricole et met en péril la sécurité alimentaire. Des problèmes similaires touchent les secteurs minier et forestier, perturbant la production et les investissements. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO, 2024) identifie l’insécurité comme un facteur qui sape la productivité agricole et les moyens de subsistance en milieu rural. Cela réduit l’accès à la terre, diminue la production et a un impact négatif sur l’emploi et les revenus des ménages.
La persistance des enlèvements met à rude épreuve les institutions de l’État chargées de la sécurité et de la justice. Elle oblige la police, l’armée et le pouvoir judiciaire à mobiliser davantage de ressources, ce qui entrave leur capacité à traiter d’autres problèmes de sécurité. Cette concentration des ressources peut éroder la confiance du public dans l’efficacité du gouvernement et porter atteinte à l’État de droit. Selon l’ONUDC (2023), le crime organisé tire parti de ces faiblesses, ce qui souligne la nécessité d’une gouvernance coordonnée. Les enlèvements ont notamment pour effet de mettre en péril la sécurité des personnes et les ressources nationales, ce qui a des répercussions négatives sur la productivité économique et le développement durable.
Conséquences pour le développement
L’une des conséquences immédiates sur le développement est la détérioration de l’environnement des affaires, qui se traduit par une augmentation des coûts d’exploitation, une perturbation des chaînes d’approvisionnement, un frein à l’expansion et une baisse de la confiance des investisseurs. L’insécurité au Nigeria constitue un obstacle majeur à la croissance du secteur privé et à la création d’emplois, en particulier dans les secteurs qui dépendent d’un contexte stable (Banque mondiale, 2024).
Les enlèvements entravent le développement agricole et rural au Nigeria, en particulier là où l’agriculture est un secteur qui emploie une grande partie de la population et joue un rôle crucial pour la sécurité alimentaire et la lutte contre la pauvreté. La menace d’enlèvement a conduit de nombreux agriculteurs à abandonner leurs champs, ce qui limite l’accès aux marchés et perturbe la production alimentaire. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) souligne que l’insécurité est un facteur majeur contribuant à l’insécurité alimentaire, en particulier dans les zones rurales qui dépendent de l’agriculture et de l’élevage (fao.org).
Sur le plan de la gouvernance, la persistance des enlèvements affaiblit celle-ci en sapant la confiance du public dans les institutions de l’État. Les citoyens évaluent la légitimité du gouvernement en fonction de sa capacité à garantir la sécurité et l’État de droit. La recrudescence des enlèvements entraîne une baisse de la perception de l’efficacité de l’État et de la confiance dans les forces de sécurité. L’enquête Afrobaromètre de 2025 a révélé que l’insécurité est une préoccupation majeure pour les Nigérians, nombre d’entre eux doutant de la capacité de l’État à les protéger et à lutter efficacement contre la criminalité violente.
L’interaction entre l’insécurité et le sous-développement engendre un cercle vicieux qui entrave la croissance économique et accroît la vulnérabilité face à la criminalité. Ce cercle vicieux entraîne une baisse des investissements dans les secteurs essentiels, les ressources étant réaffectées à des mesures de sécurité immédiates. Le développement durable et la sécurité humaine sont étroitement liés ; l’insécurité persistante entrave le potentiel productif des ressources nationales. Les conséquences plus larges des enlèvements se traduisent par un affaiblissement de la base de ressources, une baisse de l’efficacité institutionnelle et une limitation de l’activité économique, ce qui entrave les efforts du Nigeria en faveur d’un développement inclusif et durable.
Le Nigeria reste la plus grande économie d’Afrique en termes de PIB, avec un secteur entrepreneurial dynamique et des investissements importants dans les domaines de la technologie, de la finance et de l’énergie (Aluko et al., 2024). Si l’insécurité persistante, notamment les enlèvements, pose des défis susceptibles de saper la confiance du public et de mettre à rude épreuve les institutions, elle n’a toutefois pas paralysé l’État. L’activité économique se poursuit parallèlement à la résilience et aux efforts du gouvernement visant à renforcer la sécurité, l’impact global de l’insécurité dépendant de son ampleur, de sa durée et de l’efficacité des mesures prises pour y faire face.
Vers une politique de sécurité des ressources
Une politique de sécurité axée sur les ressources commence par la protection du capital humain grâce à des investissements publics dans des environnements d’apprentissage sûrs, des moyens de transport sécurisés, la réinsertion des victimes et la résilience des communautés. Des initiatives telles que la sécurité dans les établissements scolaires, l’accompagnement des victimes de traumatismes et le rétablissement des moyens de subsistance contribuent à maintenir la productivité de la main-d’œuvre tout en atténuant les coûts sociaux liés aux enlèvements. Ces mesures permettent de préserver le capital humain futur et favorisent le développement durable.
La planification en matière de sécurité doit s’aligner sur le développement économique et agricole, en particulier dans les zones à haut risque d’enlèvements situées dans les régions agricoles productives et le long des principaux axes de transport. La mise en œuvre d’une approche policière fondée sur le renseignement, de mesures de surveillance et de partenariats avec les communautés peut réduire la criminalité, améliorer la productivité agricole, stimuler les échanges commerciaux et rétablir la confiance des investisseurs. Le renforcement de la sécurité dans ces régions améliore le climat d’investissement et favorise une croissance économique inclusive (Banque mondiale, 2024).
Une troisième priorité consiste à améliorer l’efficacité de l’allocation des ressources en matière de sécurité en adoptant des approches fondées sur les risques plutôt que des déploiements réactifs. Cela implique d’utiliser les données sur la criminalité, l’analyse géospatiale et les renseignements pour identifier de manière proactive les zones vulnérables et allouer les ressources en conséquence. Les progrès réalisés en matière d’analyse prédictive, de surveillance intégrée et de partage d’informations entre les différentes agences peuvent renforcer l’efficacité opérationnelle et réduire les coûts financiers des interventions d’urgence (OMS, 2025).
Les politiques axées sur les ressources nécessitent une coordination institutionnelle renforcée pour lutter efficacement contre les enlèvements. Les stratégies de lutte contre les enlèvements devraient adopter une approche pangouvernementale, en alignant la planification en matière de sécurité sur les priorités nationales de développement. Les systèmes de gouvernance coordonnés, intégrant prévention, résilience et développement, s’avèrent plus efficaces pour relever les défis complexes en matière de sécurité que les réponses sectorielles isolées (Olakojo & Virginia, 2024).
Conclusion
Au Nigeria, les enlèvements ne doivent plus être considérés uniquement comme un problème relevant de la justice pénale ou de la sécurité publique ; il s’agit tout autant d’un défi en matière de gestion des ressources, aux implications profondes pour le développement national. En épuisant le capital humain, en détournant les ressources financières, en limitant l’accès aux actifs naturels productifs et en mettant à rude épreuve les capacités institutionnelles, l’insécurité persistante sape les fondements mêmes de la résilience économique et de l’efficacité de l’État. Une telle approche encourage les investissements dans les forces de l’ordre et les services de renseignement, tout en protégeant les ressources stratégiques qui sont le moteur de la productivité, de la confiance du public et de la prospérité à long terme. Enfin, une sécurité durable passe par le renforcement de la capacité de l’État nigérian à préserver et à gérer efficacement les ressources dont dépend un développement inclusif et résilient.
Références
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Aluko, O. A., Odewale, A. T., Taiwo, K. et Adefeso, H. (2024). Favoriser une croissance inclusive et un développement durable au Nigeria : une feuille de route pour relever les défis et saisir les opportunités. African Journal of Applied Research, 10(1), 201-223.
Berebon, C. (2025). Le lien entre sécurité, développement humain et stabilité économique : lutter contre l’insécurité en tant que menace pour la croissance nationale au Nigeria. Advances in Law, Pedagogy, and Multidisciplinary Humanities, 3(1), 28-47.
Biden Jr, J. R. (2022). Stratégie de sécurité nationale.
Dragomir, A. (2023). LES RESSOURCES DU CONCEPT DE SÉCURITÉ.Annales – Série sur les sciences militaires,15(2), 13-34.
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https://www.nature.com/nature-index/topics/l4/human-security-and-development-nexus (consulté le 10 juillet 2026)
https://www.theguardian.com/global-development/2026/jun/05/children-how-chibok-style-school-abductions-spreading-nigeria (consulté le 10 juillet 2026)
https://www.un.org/humansecurity/what-is-human-security/ (consulté le 10 juillet 2026)
https://www.unicef.org/es/media/171911/file/unicef-annual-report-2024-en.pdf (consulté le 10 juillet 2026)
https://www.worldbank.org/en/results/2024/01/16/pursuing-development-goals-amid-fragility-conflict-and-violence (consulté le 10 juillet 2026)
Jones, M., et Kotarska, G. (2025). Criminalité, terrorisme et insécurité au Nigeria.
Olakojo, K. A., & Virginia, A. (2024). Renforcement de la résilience transfrontalière en matière de cybersécurité grâce au partage fédéré de renseignements sur les menaces, à la corrélation des incidents en temps réel et à des mécanismes de gouvernance coordonnés. Prépublication, décembre. https://doi.org/10.7753/IJCATR1312 , 1011, 135.
Organisation mondiale de la Santé. « L’intérêt de la surveillance collaborative : arguments en faveur de l’investissement. » (2025).



























