Introduction
L’Afrique est restée la région du monde la plus touchée par le terrorisme en 2025. Les groupes extrémistes ont poursuivi leur expansion dans le Sahel, le bassin du lac Tchad, la Corne de l’Afrique et l’Afrique centrale en exploitant la faiblesse des gouvernements, la pauvreté, l’instabilité politique et l’insuffisance des contrôles aux frontières (Institute for Economics & Peace [IEP], 2026). Des groupes tels que Jama’at Nusrat al-Islam wal Muslimeen (JNIM), Islamic State West Africa Province (ISWAP), Boko Haram, al-Shabaab et les Forces démocratiques alliées n’opèrent plus seulement en tant qu’organisations terroristes. Nombre d’entre elles se comportent désormais comme des mouvements politiques armés qui contrôlent des territoires, collectent des impôts, régulent les routes commerciales, diffusent de la propagande et contestent l’autorité de l’État.
Il s’agit là d’un changement important. Le terrorisme en Afrique ne se résume plus à des attentats à la bombe ou à des attaques isolées. Il est de plus en plus lié à l’affaiblissement des États et à la montée en puissance de groupes armés qui rivalisent avec les gouvernements pour le pouvoir et l’influence. Dans de nombreuses zones rurales, les organisations extrémistes sont devenues plus visibles et plus actives que l’État lui-même. Cela montre que la crise du terrorisme en Afrique est profondément liée aux échecs de la gouvernance, à l’inégalité économique et à l’instabilité politique plutôt qu’à la seule religion (Programme des Nations unies pour le développement [PNUD], 2023).
Une autre tendance majeure est que les groupes extrémistes sont de plus en plus organisés et adaptables. Ils tirent les leçons des conflits du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud, tout en adaptant leurs tactiques aux réalités locales africaines. Au lieu de s’appuyer uniquement sur la violence, de nombreux groupes combinent désormais les attaques militaires avec des campagnes de recrutement, le contrôle économique, la fiscalité et les systèmes de gouvernance locale. Cela les rend plus difficiles à vaincre.
Le Sahel : le nouveau foyer d’insurrection de l’Afrique
La région du Sahel est devenue l’une des zones de conflit les plus dangereuses au monde. Des pays comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger continuent de subir de graves violences extrémistes malgré des années d’opérations militaires et d’assistance étrangère (IEP, 2026).
La crise du Sahel est importante car elle montre comment le terrorisme se développe là où les gouvernements sont faibles. Une grande partie de la région souffre de pauvreté, de corruption, de mauvaises infrastructures, de tensions ethniques, de la faiblesse des institutions de sécurité et du manque de présence de l’État. Les groupes extrémistes profitent de ces conditions pour étendre leur influence.
Burkina Faso : La JNIM et l’effondrement de l’autorité de l’État
Le Burkina Faso est resté l’un des pays les plus touchés par le terrorisme en 2025. Bien que le nombre de décès liés au terrorisme ait diminué par rapport aux années précédentes, l’insécurité est restée très répandue, en particulier dans les zones frontalières avec le Mali et le Niger (IEP, 2026).
Le problème le plus important n’est pas seulement le nombre d’attaques, mais la faiblesse croissante de l’autorité de l’État. Le JNIM a perpétré la plupart des attentats dans le pays et a continué à étendre son influence malgré les opérations militaires.
La montée en puissance du JNIM est le reflet d’une crise de gouvernance plus profonde qui a suivi le coup d’État de 2022 mené par Ibrahim Traoré. Les dirigeants militaires ont promis de rétablir la sécurité, mais la violence extrémiste s’est poursuivie. Cela suggère que les coups d’État militaires n’améliorent pas automatiquement la sécurité nationale. Dans certains cas, ils peuvent affaiblir davantage les institutions en augmentant l’instabilité politique et en réduisant la coopération internationale.
Un autre point important est que le JNIM agit de plus en plus comme une autorité alternative dans les zones rurales. Là où le gouvernement est absent, le groupe règle les différends, collecte les impôts, contrôle les routes commerciales locales et impose ses propres règles (International Crisis Group, 2025). De nombreux civils ne soutiennent pas le groupe sur le plan idéologique, mais ils coopèrent parce que l’État n’est pas en mesure d’assurer la sécurité ou de fournir des services.
Le retrait du soutien français et américain a également affaibli les efforts régionaux de lutte contre le terrorisme. Les tensions entre le Burkina Faso et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ont encore réduit la coordination régionale contre les groupes extrémistes (IEP, 2026). Avec l’affaiblissement de la coopération régionale, les militants ont eu plus de facilité à franchir les frontières et à étendre leurs opérations.
Niger : La montée de l’influence de l’État islamique
Le Niger est devenu le troisième pays le plus touché par le terrorisme en 2025. La région de Tillabéri reste particulièrement dangereuse car elle se situe à proximité des frontières instables du Mali et du Burkina Faso (IEP, 2026).
L’une des évolutions les plus significatives a été la croissance rapide des groupes liés à l’État islamique. Leurs attaques et leurs morts ont fortement augmenté par rapport à l’année précédente. Dans le même temps, le JNIM est resté actif.
Cette situation révèle une concurrence croissante entre les groupes extrémistes à travers le Sahel. La rivalité entre les affiliés de l’État islamique et le JNIM est importante car elle peut accroître la violence. Chaque groupe tente de prouver sa force par des attaques meurtrières, une expansion territoriale et des efforts de recrutement.
L’instabilité politique du Niger après le coup d’État de 2023 a également contribué à l’insécurité. La rupture des relations avec les pays occidentaux a réduit la coopération militaire internationale et l’échange de renseignements (Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, 2024).
Bien que le Niger ait par la suite renforcé ses liens avec la Russie, les opérations de sécurité soutenues par la Russie ont eu du mal à stopper l’expansion des extrémistes (IEP, 2026). Cela démontre que les partenariats militaires étrangers ne peuvent à eux seuls résoudre les problèmes de terrorisme en l’absence d’une gouvernance locale forte et d’institutions étatiques efficaces.
Nigeria : Fragmentation et évolution de l’extrémisme
Le Nigeria a connu l’une des plus fortes augmentations de la violence terroriste en Afrique au cours de l’année 2025. La plupart des attaques sont restées concentrées dans l’État de Borno, où les civils ont continué à souffrir énormément (IEP, 2026).
Toutefois, la tendance la plus importante au Nigeria n’est pas simplement la montée de la violence, mais la fragmentation des groupes extrémistes.
L’approche stratégique d’ISWAP
L’ISWAP est redevenu le groupe extrémiste le plus meurtrier du Nigeria. Contrairement à la stratégie antérieure de Boko Haram, qui consistait en une brutalité extrême à l’égard des civils, l’ISWAP a adopté une approche plus calculée.
Le groupe tente de plus en plus d’établir des relations avec les communautés locales tout en ciblant les institutions gouvernementales et les installations militaires. Cette stratégie permet au groupe de gagner en influence et de recruter des sympathisants plus efficacement.
L’approche de l’ISWAP reflète un changement plus large dans les insurrections modernes. Les groupes extrémistes ne s’appuient plus uniquement sur la peur. Nombre d’entre eux tentent désormais de se présenter comme des autorités alternatives capables d’assurer l’ordre, la protection et les opportunités économiques dans les zones délaissées.
Boko Haram et les nouvelles factions extrémistes
Boko Haram a également intensifié ses attaques en 2025, tandis que de nouveaux groupes tels que Lakurawa sont apparus (IEP, 2026). Cette fragmentation croissante rend les efforts de lutte contre le terrorisme plus difficiles, car les gouvernements combattent de multiples organisations dotées de structures et de tactiques différentes.
Le cas du Nigeria met également en évidence la relation entre les difficultés économiques et l’insécurité. Le nord du Nigeria est confronté à un taux de chômage élevé, à la pauvreté, à une éducation médiocre et à des infrastructures déficientes. De nombreux jeunes se sentent abandonnés par l’État, ce qui les rend vulnérables au recrutement extrémiste (Banque mondiale, 2024).
Cela signifie que le terrorisme au Nigeria n’est pas seulement motivé par l’idéologie. Il est également lié à la frustration économique, à l’inégalité et à la faiblesse de la gouvernance.
Mali : Instabilité politique et faible gouvernance
Bien que le nombre de décès liés au terrorisme ait diminué au Mali, la violence extrémiste est restée une menace majeure en 2025. Le JNIM a continué à attaquer des villages, des camps militaires et des forces de sécurité, en particulier dans les régions de Mopti et de Ségou (IEP, 2026).
La crise du Mali est étroitement liée à l’instabilité politique. Depuis 2020, le pays a connu des coups d’État militaires répétés et des transitions démocratiques retardées. Ces évolutions ont affaibli la confiance du public dans les institutions de l’État (Freedom House, 2025).
Les groupes extrémistes profitent souvent de la perte de confiance des citoyens dans le gouvernement. Dans de nombreuses communautés rurales, les gens considèrent l’État comme faible, corrompu ou absent. Le JNIM exploite ces frustrations en se présentant comme une force capable de faire régner l’ordre et la justice.
Le retrait des forces françaises, américaines et des Nations Unies a également transformé l’environnement sécuritaire du Mali. Le gouvernement s’est de plus en plus appuyé sur les forces du Corps africain, soutenues par la Russie et anciennement associées au Groupe Wagner. Cependant, les opérations militaires n’ont pas permis à elles seules de rétablir le contrôle total de l’État, en particulier dans le nord du Mali (International Crisis Group, 2025).
Cela témoigne d’une faiblesse plus générale des stratégies de lutte contre le terrorisme dans l’ensemble du Sahel. Les gouvernements se concentrent souvent sur les réponses militaires et accordent moins d’attention aux réformes de gouvernance, au développement économique et à la réconciliation avec les communautés locales.
République démocratique du Congo : Le terrorisme au sein d’un conflit plus large
La situation en République démocratique du Congo montre que le terrorisme devient plus dangereux dans les régions déjà touchées par un conflit civil.
Les ADF ont intensifié leurs attaques dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri en 2025, contribuant à l’augmentation du nombre de morts parmi les civils (IEP, 2026). Le groupe a ciblé des villages, des églises, des funérailles et des communautés locales par le biais de massacres et d’enlèvements.
Le retour du Mouvement du 23 mars a encore compliqué la situation. Alors que les forces gouvernementales se concentraient sur la lutte contre les rebelles du M23, les ADF ont exploité le vide sécuritaire pour étendre leurs opérations (Conseil de sécurité des Nations Unies, 2025).
Cela montre comment les conflits multiples peuvent renforcer les organisations extrémistes. Lorsque les gouvernements sont débordés par plusieurs crises sécuritaires à la fois, les groupes militants ont la possibilité de se regrouper et de s’étendre.
Une autre question importante est que la violence dans l’est du Congo est devenue de plus en plus régionale. Les groupes armés traversent les frontières de l’Ouganda, du Rwanda et de la RDC. Cela crée un système de conflit régional qu’un seul pays peut difficilement gérer.
Somalie : Les limites du succès militaire
La Somalie a enregistré des améliorations des indicateurs de sécurité au cours de l’année 2025. Les décès liés au terrorisme ont diminué, en partie grâce à la coopération entre les forces somaliennes, les milices locales, la Mission de transition de l’Union africaine en Somalie (ATMIS) et les États-Unis (Union africaine, 2025).
Cependant, al-Shabaab est resté très dangereux et résistant.
Le groupe a continué à attaquer des cibles militaires et des institutions gouvernementales tout en étendant son influence dans certaines parties du centre de la Somalie (IEP, 2026). Cela montre que la pression militaire n’a pas suffi à éliminer l’organisation.
Al-Shabaab survit en partie parce qu’il fonctionne comme un gouvernement parallèle dans certaines régions. Le groupe perçoit des taxes, contrôle les routes commerciales, fait respecter les lois et diffuse de la propagande. Dans certaines régions, les civils interagissent plus fréquemment avec Al-Shabaab qu’avec le gouvernement somalien.
C’est là un défi majeur de la lutte antiterroriste moderne. Les groupes extrémistes peuvent survivre même après avoir perdu des territoires si les problèmes politiques sous-jacents ne sont pas résolus.
L’évolution des tactiques extrémistes
Les organisations extrémistes en Afrique évoluent rapidement. Leurs tactiques ressemblent de plus en plus à des insurrections à long terme plutôt qu’à des attaques terroristes isolées (PNUD, 2023).
Du terrorisme à la gouvernance
Des groupes tels que le JNIM, l’ISWAP et al-Shabaab associent de plus en plus la violence à des activités de gouvernance. Ils collectent des impôts, régulent le commerce, règlent les différends et font respecter les règles locales.
C’est important car cela permet aux groupes extrémistes de gagner en influence au-delà de la seule peur. Dans les régions où les gouvernements ne fournissent pas de services, les insurgés peuvent apparaître plus organisés et plus efficaces que l’État.
Mobilité transfrontalière
De nombreux groupes extrémistes opèrent au-delà des frontières nationales. Les combattants se déplacent entre le Mali, le Niger, le Burkina Faso, le Nigeria et le Tchad en utilisant des zones frontalières mal contrôlées (Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel [UNOWAS], 2025).
Cette situation affaiblit les efforts nationaux de lutte contre le terrorisme, car les insurgés peuvent échapper aux opérations militaires en passant dans les pays voisins.
Guerre économique
Les groupes extrémistes ciblent de plus en plus les routes, les marchés, l’approvisionnement en carburant et les voies commerciales. Ces attaques nuisent aux économies locales et affaiblissent la confiance dans les gouvernements (UNOWAS, 2025).
Les perturbations économiques constituent désormais un élément majeur de la stratégie des insurgés. En contrôlant le commerce local et les systèmes fiscaux, les organisations extrémistes génèrent également des revenus pour soutenir leurs opérations.
Propagande et recrutement
Les groupes extrémistes s’appuient fortement sur la propagande et les campagnes de recrutement. Ils exploitent la pauvreté, le chômage, la corruption, les tensions ethniques et la négligence de l’État pour attirer les combattants (PNUD, 2023).
Les jeunes des communautés marginalisées sont particulièrement vulnérables car ils manquent souvent d’opportunités économiques et de confiance dans les institutions gouvernementales.
Implications plus larges pour l’Afrique
La montée en puissance des organisations extrémistes a de graves répercussions sur la sécurité et le développement futurs de l’Afrique.
Premièrement, le terrorisme devient de plus en plus un problème insurrectionnel à long terme plutôt qu’une menace sécuritaire temporaire. De nombreux groupes extrémistes contrôlent désormais des territoires, influencent les économies locales et défient directement l’autorité de l’État.
Deuxièmement, la mauvaise gouvernance reste l’un des principaux facteurs d’insécurité. Les groupes extrémistes se développent plus rapidement dans les régions où les gouvernements ne parviennent pas à assurer la sécurité, la justice et les opportunités économiques.
Troisièmement, l’instabilité régionale est de plus en plus interconnectée. La violence dans un pays affecte de plus en plus les États voisins, car les groupes extrémistes opèrent au-delà des frontières.
Quatrièmement, les stratégies internationales de lutte contre le terrorisme ont montré d’importantes limites. Les opérations militaires peuvent réduire temporairement les attaques, mais elles ne parviennent souvent pas à s’attaquer aux causes plus profondes telles que la pauvreté, la corruption, l’exclusion politique et la faiblesse des institutions.
Enfin, la propagation de la violence extrémiste menace le développement économique de l’Afrique. L’insécurité décourage les investissements, perturbe l’agriculture et le commerce, multiplie les crises humanitaires et oblige des millions de personnes à fuir leur foyer.
Conclusion
Les activités de l’IS, du JNIM, de Boko Haram, de l’ISWAP, d’al-Shabaab et de l’ADF montrent que les organisations extrémistes en Afrique sont de plus en plus organisées, adaptables et politiquement influentes. Ces groupes ne se contentent plus de perpétrer des attentats terroristes. Ils fonctionnent de plus en plus comme des mouvements insurrectionnels qui rivalisent avec les gouvernements pour obtenir des territoires, des ressources et une légitimité.
Leur expansion est le reflet de problèmes structurels plus profonds, tels que la faible gouvernance, la pauvreté, la corruption, l’instabilité politique, le contrôle insuffisant des frontières et le manque d’opportunités économiques. Dans de nombreuses régions, les groupes extrémistes se renforcent parce que les États ne parviennent pas à assurer la sécurité et un leadership efficace.
La crise démontre également les limites des stratégies antiterroristes centrées sur l’armée. Bien que les opérations militaires restent nécessaires, elles ne peuvent réussir seules. Pour trouver des solutions durables, il faut des institutions plus fortes, une coopération régionale, un développement économique, un partage des renseignements, un engagement communautaire et des efforts pour rétablir la confiance du public dans le gouvernement.
Si les États africains ne s’attaquent pas à ces problèmes sous-jacents, les organisations extrémistes continueront probablement à remodeler le paysage sécuritaire du continent pendant de nombreuses années.
Références
Union africaine. (2025). L’évolution de la sécurité en Somalie et le rôle de l’ATMIS.
Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine. (2024). Réponses régionales au terrorisme et aux changements anticonstitutionnels de gouvernement au Sahel.
Projet de lutte contre l’extrémisme. (2025). Les opérations de l’État islamique en Afrique.
Maison de la liberté. (2025). Liberté dans le monde 2025 : Mali.
Human Rights Watch. (2025). Violence contre les civils dans l’est du Congo et au Sahel.
Institut pour l’économie et la paix (IEP). (2026). Indice mondial du terrorisme 2026.
International Crisis Group. (2025). La crise de l’insurrection et de la gouvernance au Sahel.
Centre international de lutte contre le terrorisme. (2024). Évolution des tactiques des organisations djihadistes en Afrique.
Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). (2023). Voyage vers l’extrémisme en Afrique.
Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS). (2025). Insécurité transfrontalière et instabilité régionale au Sahel.
Conseil de sécurité des Nations unies. (2025). Situation sécuritaire en République démocratique du Congo.
Banque mondiale. (2024). Vulnérabilité économique et insécurité dans le nord du Nigeria.




























