Introduction
Le 27 mai 2026, un Boeing 787-9 Dreamliner d’Ethiopian Airlines a atterri à l’aéroport international d’Accra, transportant environ 300 ressortissants ghanéens, le premier groupe d’un millier de citoyens évacués d’Afrique du Sud à la suite d’une nouvelle vague de violences xénophobes qui s’intensifiait. Le ministre des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, était présent à l’aéroport pour les accueillir, et la scène s’est déroulée au son de chants patriotiques et des promesses du gouvernement d’un soutien à la réintégration (AFP, 2026). Le 6 juin 2026, 150 Malawiens ont quitté la province du Cap-Occidental par la route, traversant le Zimbabwe et le Mozambique avant d’arriver au poste-frontière de Mwanza (Nyasa Times, 2026). Le Nigeria a rapatrié 260 ressortissants le 12 juin 2026 (Al Jazeera, 2026). Le 12 juin 2026 également, le ministère des Affaires étrangères du Ghana a publié un communiqué de presse distinct annonçant le rapatriement de 327 Ghanéens bloqués à Abidjan, en Côte d’Ivoire, à la suite d’une opération de démolition massive menée dans la municipalité de Port Bouet, qui avait détruit leurs habitations et leurs moyens de subsistance (ministère des Affaires étrangères du Ghana, 2026).
C’est ce dernier détail qui devrait donner le vertige à tout lecteur. En l’espace d’une seule semaine, le Ghana a rapatrié simultanément ses ressortissants de deux pays africains différents, les uns en raison de violences xénophobes, les autres à la suite de démolitions forcées. Il ne s’agit pas d’une histoire qui se déroule en Afrique du Sud. C’est une histoire à l’échelle du continent qui montre ce que l’intégration africaine signifie réellement pour les citoyens africains qu’elle est censée servir, et la réponse qui se dégage de la vague de rapatriements de mai et juin 2026 est dérangeante : très peu, voire parfois rien du tout.
Le présent article soutient que la mesure de rapatriement mise en œuvre en réponse à la crise de xénophobie en Afrique du Sud, aussi nécessaire soit-elle en tant que mesure humanitaire immédiate, ne constitue pas une véritable politique. Il s’agit d’une concession déguisée en opération de sauvetage. Elle ne remet absolument pas en cause les conditions structurelles à l’origine tant de la migration que de la violence, impose aux États d’accueil un fardeau qu’ils ne sont pas en mesure d’assumer, crée un précédent dont les implications s’étendent bien au-delà de l’Afrique du Sud, et, ce qui est le plus inquiétant, reproduit au sein de la gouvernance africaine la même logique que celle utilisée par l’Europe pour présenter les mouvements de populations africaines comme un problème de sécurité plutôt que comme une question de droits de l’homme. Avant que l’Afrique n’exige du reste du monde qu’il respecte la dignité de ses migrants, elle doit d’abord être prête à la leur offrir elle-même.
Le sauvetage qui préserve tout
Le taux de chômage en Afrique du Sud a atteint 32,7 % au premier trimestre 2026, contre 31,4 % au quatrième trimestre 2025, avec 345 000 emplois perdus en un seul trimestre et le nombre de Sud-Africains au chômage grimpant à 8,14 millions (Statistics South Africa, 2026). Chez les jeunes Sud-Africains noirs, le taux de chômage dépasse 45 % (IOL, 2026). La Banque mondiale prévoit une croissance économique de 1,4 % pour l’Afrique du Sud en 2026, un taux si modeste qu’il ne saurait absorber la pression exercée par la main-d’œuvre qui s’accumule dans un pays dont la population continue de croître (Banque mondiale, 2026). Le revenu par habitant reste inférieur aux niveaux de 2007. Près de 60 % des Sud-Africains vivent en dessous du seuil de pauvreté correspondant au revenu intermédiaire supérieur. Telles sont les conditions réelles à l’origine des violences xénophobes, et elles ne changeront pas parce que des commerçants ghanéens ont été évacués vers Accra ou que des travailleurs malawiens ont été transportés en bus vers Blantyre.
Un analyste politique cité dans le *Mail and Guardian* a décrit le phénomène du rapatriement avec une précision qui mérite qu’on s’y attarde sérieusement : « C’est un effet d’euphorie passagère. Cela va faire du bien aux gens, mais à long terme, cela ne leur apportera rien » (*Mail and Guardian*, 2026). L’analyste parlait du mouvement xénophobe sud-africain et de ses partisans, mais cette observation s’applique tout autant aux gouvernements qui procèdent à ces évacuations. Les vols de rapatriement génèrent une visibilité politique, des photos de ministres dans les aéroports, des promesses de solidarité et de soutien, ainsi que l’impression d’une action décisive de l’État. Ils ne modifient pas le taux de chômage de l’Afrique du Sud d’un seul dixième de point. Ils ne remédient pas aux défaillances de la gouvernance, à l’échec de la transformation économique post-apartheid, ni aux trente années de mauvaise gestion de l’ANC qui ont créé un environnement politique dans lequel les migrants deviennent le bouc émissaire privilégié des souffrances structurelles. Comme l’a déclaré un commentateur sud-africain : « Nous ne pouvons pas faire de l’apartheid un bouc émissaire jusqu’à la fin des temps. Les gouvernements sud-africains de l’après-apartheid ont été les témoins d’une corruption systémique, d’une politique industrielle défaillante, de l’effondrement du réseau électrique et d’une crise de l’emploi qui précède et survivra à toute vague d’immigration » (IOL, 2026).
La date butoir du 30 juin 2026, fixée par des groupes d’autodéfense anti-immigrés pour que les étrangers en situation irrégulière quittent le territoire, a conféré une urgence artificielle à la crise, mais même cette échéance met en lumière le problème sous-jacent plutôt que de le résoudre. L’étranger en situation irrégulière part. Le résident en situation régulière part lui aussi, par peur. La boutique « spaza » ferme. L’accès à l’alimentation dans le township se détériore. Le taux de chômage reste exactement au même niveau. Et dans six mois ou deux ans, le cycle recommence, comme cela a été le cas en 2008, 2015, 2019 et maintenant en 2026, car personne n’a remédié aux conditions qui sont à l’origine de ce phénomène.
Retour à la maison… pour quoi faire ? La crise de la réinsertion à laquelle personne ne se prépare
Le gouvernement ghanéen a agi avec une rapidité admirable. Un dispositif financier de « retour au pays » a été annoncé. Une aide au transport vers diverses destinations à travers le Ghana a été promise. Des services d’accompagnement psychologique, une aide au logement temporaire, l’accès à l’emploi et à des opportunités commerciales, ainsi que des liens avec les programmes d’intervention sociale du gouvernement, notamment l’initiative proposée d’une « économie fonctionnant 24 heures sur 24 » et la Banque de développement des femmes, ont tous été présentés par le chef de cabinet Julius Debrah lors de la cérémonie de bienvenue (GBC Ghana, 2026). Les rapatriés ont été encouragés à considérer leur retour non pas comme un échec, mais comme une opportunité économique opportune, et à ramener au Ghana les compétences entrepreneuriales dont ils avaient fait preuve en Afrique du Sud (GBC Ghana, 2026).
Ce sont là les bons mots. La question est de savoir ce qui les sous-tend. Le taux de chômage au Ghana est en hausse, et le pays lui-même est en pleine reprise économique après la restructuration de sa dette, avec une marge de manœuvre budgétaire limitée pour de nouveaux engagements de dépenses. Le gouvernement a obtenu 200 offres d’emploi auprès d’entreprises ghanéennes pour les rapatriés, un chiffre qui représente certes un geste significatif, mais une réponse structurellement insuffisante face au retour de près d’un millier de personnes, dont beaucoup ont perdu des décennies d’économies accumulées, ont bâti des entreprises pendant vingt ou trente ans et reviennent sans rien d’autre que les vêtements qu’elles portaient lors de leur évacuation (GBC Ghana, 2026 ; Ablakwa, cité dans GBC Ghana, 2026). L’un des rapatriés, Victor Atsu Togbe, a déclaré à l’AFP à l’aéroport : « Cela n’a jamais été facile pour nous en Afrique du Sud ces dernières semaines » (AFP, 2026). Il n’a rien dit de ce qui l’attendait chez lui, car il n’y avait rien de certain à dire.
La situation au Malawi est plus grave. Les 150 rapatriés qui ont quitté la province du Cap-Occidental le 6 juin 2026 ont emprunté la route en passant par le Zimbabwe et le Mozambique avant d’arriver au poste-frontière de Mwanza, d’où ils se sont rendus au stade Kamuzu de Blantyre pour y être pris en charge (Sahara Reporters, 2026). Le gouvernement du Malawi n’avait pas encore indiqué si d’autres groupes seraient rapatriés, et n’avait fait aucune annonce publique concernant un programme de réintégration comparable à celui du Ghana. La situation économique du pays est très difficile. Le citoyen malawien rapatrié, qui était parti en Afrique du Sud au départ parce que le Malawi ne pouvait pas l’accueillir, se retrouve désormais confronté à des conditions qui n’ont pas fondamentalement changé. Comme l’a rapporté un reportage de la VOA de 2019 sur un précédent rapatriement de Malawiens depuis l’Afrique du Sud, de nombreux rapatriés déclarent à l’aéroport qu’ils n’y retourneront jamais, puis refont discrètement le voyage en l’espace de quelques mois, car les facteurs de poussée qui les avaient conduits en Afrique du Sud restent intacts (VOA, 2019).
Il s’agit là de la crise de réintégration à laquelle personne ne se prépare réellement. Les facteurs d’exode à l’origine de cette vague migratoire – le manque de perspectives économiques, l’offre limitée d’emplois formels, l’insuffisance des infrastructures sociales et les inégalités structurelles qui persistent depuis des décennies d’indépendance africaine – ne sont pas résolus par une campagne de rapatriement. La migration a toujours été l’une des stratégies les plus efficaces dont disposent les individus cherchant à améliorer leur situation matérielle, et les déplacements d’Africains à travers les frontières africaines à la recherche d’opportunités économiques ne constituent pas un échec de la gouvernance. Il s’agit d’une caractéristique permanente de l’organisation humaine. La question n’est pas de savoir comment y mettre un terme, mais si le continent met en place des cadres permettant à ce phénomène de se dérouler dans la dignité, avec une protection juridique et dans l’intérêt mutuel, plutôt que des cadres qui le criminalisent lorsque cela s’avère politiquement opportun.
Le problème du précédent : d’un geste diplomatique à une attente populaire
La réaction du Ghana en matière de rapatriement a fait preuve d’un grand courage diplomatique. Le gouvernement ne s’est pas contenté d’évacuer ses ressortissants ; il a porté l’affaire devant l’Union africaine, le ministre des Affaires étrangères, M. Ablakwa, ayant officiellement demandé à la Commission de l’UA, le 7 mai 2026, d’inscrire les attaques xénophobes à l’ordre du jour de la huitième réunion de coordination semestrielle de l’UA, qui se tiendra au Caire en juin 2026 (Ablakwa, cité dans All Africa, 2026). Il a exigé de l’Afrique du Sud une indemnisation pour les citoyens ayant perdu leurs biens, leurs entreprises et les économies de toute une vie, en invoquant le montant record de 7,8 milliards de dollars de transferts de fonds de la diaspora que les Ghanéens de l’étranger avaient versés à l’économie nationale l’année précédente, un chiffre qui souligne précisément l’importance économique de ces communautés (Historical Africa, 2026). Il a confirmé, le 6 juin 2026, qu’il envisageait d’intenter une action en justice devant les tribunaux internationaux compétents, et que les citoyens concernés ayant subi des pertes d’actifs seraient tenus de fournir des pièces justificatives à l’appui de leurs demandes (Ablakwa, cité dans GhanaWeb, 2026).
C’est là la bonne attitude. Mais cela crée un élément qui doit être examiné avec soin : un précédent. Le Ghana vient de démontrer que les gouvernements africains sont prêts à mobiliser les ressources de l’État, à organiser des vols de rapatriement, à intensifier leurs démarches diplomatiques et à menacer d’intenter des actions en justice au niveau international lorsque leurs citoyens sont confrontés à des violences à l’étranger. Il s’agit là d’un engagement de taille, qui soulève une question à la fois politique et morale : si tel est le critère que le Ghana a fixé à l’Afrique du Sud, s’applique-t-il de la même manière lorsque des citoyens ghanéens sont confrontés à la violence, à des démolitions ou à l’exploitation dans d’autres pays africains ? Le rapatriement du 12 juin 2026 depuis la Côte d’Ivoire suggère que le gouvernement est prêt à agir de manière cohérente (ministère des Affaires étrangères du Ghana, 2026). Mais les implications continentales plus larges vont encore plus loin.
Partout en Afrique, des millions de citoyens vivent dans des pays autres que le leur. Des Zimbabwéens en Zambie, des Congolais en Angola, des Éthiopiens au Kenya, des Nigérians dans toute l’Afrique de l’Ouest, des Somaliens dans toute l’Afrique de l’Est. Beaucoup d’entre eux vivent dans des conditions de vulnérabilité juridique, de précarité économique et de marginalisation sociale qui ne diffèrent guère de celles qui ont conduit à la crise sud-africaine. La question que les rapatriements de mai et juin 2026 font naître dans l’esprit de chaque migrant africain est simple : si le Ghana est venu chercher ses ressortissants en Afrique du Sud et en Côte d’Ivoire, puis-je espérer que mon gouvernement vienne me chercher ? Et si la réponse est oui, qu’est-ce que cela signifie pour la capacité budgétaire, la marge de manœuvre diplomatique et la volonté politique d’États déjà mis à rude épreuve ? Et si la réponse est non, qu’est-ce que cela révèle de l’application sélective du principe de solidarité que les gouvernements africains invoquent lors des sommets de l’UA mais respectent rarement sur le terrain ?
La réaction de l’Afrique du Sud face à ce nouveau cadre de responsabilité s’est avérée à la fois révélatrice et alarmante. Le 9 juin 2026, le ministère des Relations internationales et de la Coopération (DIRCO) a annoncé son intention de commencer à facturer aux gouvernements étrangers le coût de l’expulsion de leurs ressortissants ayant enfreint la législation sud-africaine en matière d’immigration, invoquant plus de 100 000 expulsions au cours des deux dernières années (Citi Newsroom, 2026). Le porte-parole du DIRCO, Chrispin Phiri, a présenté ces récents rapatriements comme la preuve que les pays étaient capables d’assumer la responsabilité de leurs propres citoyens, ajoutant : « À l’avenir, nous facturerons également aux pays les frais liés à leurs ressortissants étrangers qui doivent être expulsés ou qui se trouvent dans nos centres de détention pénale » (Citi Newsroom, 2026). Il s’agit là d’un État qui vient d’assister au meurtre de cinq ressortissants mozambicains à Mossel Bay, de voir des centaines de Ghanéens et de Malawiens se réfugier dans des camps de fortune, et qui a suscité des protestations diplomatiques de la part de plusieurs gouvernements africains, et qui réagit non pas en assumant ses responsabilités, mais en envoyant une facture.
Le miroir dans lequel l’Afrique ne veut pas se regarder
Derrière cette affaire de rapatriement se cache une question plus profonde et plus dérangeante, que nul parmi les gouvernements concernés n’a posée. Lorsque les États africains réagissent à la crise que vivent leurs ressortissants à l’étranger en organisant des vols d’évacuation, en exigeant des pays d’accueil qu’ils gèrent mieux les migrations et en appelant le continent à mettre en place des cadres permettant de contrôler les mouvements de population, ils s’inscrivent dans une logique qui devrait vous sembler familière, car c’est la même logique que l’Europe utilise depuis des décennies pour justifier le fait de tenir les Africains à l’écart.
Le modèle d’externalisation des frontières de l’Union européenne, qui consiste à rémunérer les États d’Afrique du Nord pour empêcher la migration irrégulière à travers la Méditerranée, à criminaliser les déplacements, à présenter le migrant africain comme une menace pour la sécurité, un fardeau pour les services publics et un concurrent pour des emplois rares, n’est pas simplement une politique étrangère imposée de l’extérieur. Il s’agit d’une architecture narrative que les États africains ont de plus en plus intériorisée et qu’ils appliquent désormais les uns aux autres. Lorsque l’opération Dudula décrit ses activités comme visant à protéger l’Afrique du Sud de la menace criminelle que représenteraient les étrangers sans papiers, elle utilise le vocabulaire de la « forteresse Europe » appliqué aux mouvements intra-africains. Lorsque des responsables politiques sud-africains affirment que le pays doit lutter contre l’immigration illégale parce que les migrants exercent une pression sur les services publics et prennent les emplois des citoyens, ils reprennent à leur compte les arguments mêmes que les gouvernements européens avancent à l’encontre des migrants africains depuis deux générations. Et lorsque les États africains d’origine réagissent en appelant à une meilleure gestion des migrations, à une coopération renforcée aux frontières et à la mise en place de cadres permettant de s’attaquer aux facteurs d’attraction et de répulsion des mouvements migratoires, ils acceptent le cadre de référence européen selon lequel la migration est fondamentalement un problème à gérer plutôt qu’une réalité humaine à prendre en compte.
Les enjeux moraux de cette question sont considérables et n’ont pas été suffisamment pris en compte. Depuis des décennies, les gouvernements africains, tant au sein des Nations unies que de l’Union africaine et dans le cadre de la diplomatie bilatérale, exigent que l’Europe et le reste du monde traitent les migrants africains avec dignité, leur accordent une protection juridique et respectent leurs droits de l’homme. La pétition adressée par le Ghana à l’UA en mai 2026 invoquait l’héritage de Kwame Nkrumah et affirmait que la libération et le développement de l’Afrique dépendent de la solidarité entre les nations africaines. Cet argument est juste et nécessaire. Mais il est également difficile de le défendre en tant qu’exigence de politique étrangère lorsque le continent lui-même ne le respecte pas sur son propre territoire. Le message publié par Jacinta Zinhle MaNgobese Zuma sur les réseaux sociaux à la suite de la défaite 2-0 de l’Afrique du Sud face au Mexique lors du match d’ouverture de la Coupe du monde de la FIFA 2026, le 11 juin 2026, dans lequel elle s’adressait aux Africains ayant soutenu le Mexique : «Vous venez toujours d’un pays sous-développé », illustre la logique de l’exceptionnalisme dans sa forme la plus brute (TV3 Ghana, 2026). C’est cette même logique qui engendre la xénophobie, appliquée ici à un match de football. Et elle révèle une vérité que la crise des rapatriements ne cesse de contourner sans jamais l’aborder : l’Afrique ne peut exiger du monde ce qu’elle ne s’est pas encore engagée à offrir elle-même.
Conclusion et recommandations
Les vols de rapatriement de mai et juin 2026 ne marquent pas la fin de cette histoire. Ils constituent le début d’un débat plus difficile que le continent a trop longtemps repoussé. L’intégration africaine n’est pas un traité. Ce n’est pas un communiqué de sommet. Ce n’est pas le tableau de bord de la ZLECA ni le suivi des progrès de l’Agenda 2063 de l’UA. Il s’agit de savoir si un citoyen africain originaire d’Accra, de Blantyre ou de Maputo peut vivre, travailler et se construire une vie à Johannesburg sans craindre pour sa sécurité physique, sans être exposé au risque juridique d’expulsion, et sans savoir que la réponse de son gouvernement face à la violence dont il est victime consistera à le renvoyer chez lui plutôt qu’à demander des comptes à l’État d’accueil. La réponse consistant en un rapatriement, malgré toute sa nécessité humanitaire, ne répond pas à cette norme.
Plusieurs mesures doivent découler de ce moment si l’on veut que la crise débouche sur autre chose qu’un cycle d’évacuation et de retour. L’UA doit considérer la requête du Ghana non pas comme un désagrément diplomatique, mais comme le défi structurel qu’elle représente, et mettre à profit la réunion du Caire pour établir un cadre continental contraignant visant à protéger les migrants africains à l’intérieur des frontières africaines, fondé sur la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Le Protocole sur la libre circulation des personnes, adopté en 2018 et qui n’a toujours pas recueilli suffisamment de ratifications pour entrer en vigueur, doit être considéré comme une priorité par les États membres, car il constitue le fondement juridique sans lequel l’intégration reste une aspiration plutôt qu’une réalité. Les États d’origine qui rapatrient leurs citoyens doivent accompagner ce geste d’un investissement sincère dans les conditions qui donnent tout son sens au rapatriement : création d’emplois, aide à la réintégration et développement économique offrant aux rapatriés une véritable raison de rester, plutôt qu’un simple refuge temporaire avant le début du prochain cycle migratoire.
Et le continent doit s’opposer, par un effort intellectuel délibéré, à l’idée selon laquelle la migration serait un problème nécessitant une gestion plutôt qu’un droit nécessitant une protection. Les êtres humains se sont toujours déplacés en quête de dignité et d’opportunités, et ces mouvements ont été le moteur des échanges, de la créativité et de la résilience qui ont caractérisé la civilisation africaine au fil des siècles. L’Africain qui s’est rendu en Afrique du Sud et y a créé une entreprise pendant plus de vingt ans n’était pas un fardeau pour l’Afrique du Sud. Il en a été l’un des bâtisseurs. Les vols de rapatriement les ont ramenés chez eux, mais le continent leur doit bien plus qu’un simple vol. Il leur doit le projet d’intégration qu’il leur promet depuis 1963.
Références
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Al Jazeera. (11 juin 2026). Des Malawiens et des Nigérians fuient l’Afrique du Sud face aux menaces xénophobes. https://www.aljazeera.com/news/2026/6/11/thousands-of-malawians-flee-homes-in-south-africa-amid-xenophobic-threats
All Africa. (8 mai 2026). Afrique : l’Afrique du Sud prête à se défendre contre les accusations de xénophobie portées devant l’UA. https://allafrica.com/stories/202605080016.html
APA News. (8 juin 2026). Le Malawi rapatrie un premier groupe de 150 ressortissants d’Afrique du Sud. https://apanews.net/malawi-repatriates-first-batch-of-150-nationals-from-south-africa/
Citi Newsroom. (9 juin 2026). L’Afrique du Sud prévoit de facturer aux pays l’expulsion de ses ressortissants. https://www.citinewsroom.com/2026/06/south-africa-plans-to-charge-countries-for-deportation-of-nationals/
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GBC Ghana Online. (24 mai 2026). Attaques xénophobes : des dizaines de Ghanéens se rassemblent devant le Haut-Commissariat de Pretoria quelques heures avant le début des contrôles de rapatriement, lundi. Sahara Reporters. https://saharareporters.com/2026/05/24/xenophobic-attacks-dozens-ghanaians-gather-pretoria-high-commission-hours-repatriation
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