Introduction
Le monde entre dans une période de profonds changements démographiques. La population mondiale continue certes de croître, mais l’Asie de l’Est et certaines régions d’Europe connaissent une baisse des taux de natalité et un vieillissement rapide de leur population. La Chine, le Japon et la Corée du Sud en sont parmi les exemples les plus frappants. D’ici 2024, la Chine et le Japon auront tous deux connu un déclin démographique, tandis que la croissance démographique de la Corée du Sud sera proche de zéro (Banque mondiale, 2026). Cette situation est particulièrement aiguë en Asie de l’Est, où la fécondité est tombée bien en dessous du seuil de 2,1 enfants par femme nécessaire à la stabilité démographique sans immigration, tel qu’indiqué par l’OCDE. Le taux de fécondité de la Corée du Sud s’établit à un niveau extrêmement bas de 0,7, celui du Japon à environ 1,2 et celui de la Chine à environ 1,0 (OCDE, 2025). Parallèlement, l’espérance de vie augmente, ce qui entraîne une proportion croissante de personnes âgées. La Chine prévoit que sa population âgée (65 ans et plus) passera de 14,3 % en 2023 à près de 30 % d’ici 2050 (OCDE, 2025). Cette transition démographique pose des défis considérables, car une population en âge de travailler en diminution devra subvenir aux besoins d’une population âgée en augmentation, ce qui exercera une pression sur les économies, les finances publiques et les services sociaux.
De multiples facteurs contribuent à la baisse des taux de natalité, en particulier en Asie de l’Est et en Europe. L’enquête de l’UNFPA de 2025 met en évidence les pressions financières, telles que les coûts du logement et de la garde d’enfants, comme des obstacles majeurs à la réalisation du nombre d’enfants souhaité. Le report du mariage et de la constitution d’une famille, lié à l’allongement de la durée des études et à l’incertitude économique, joue également un rôle. Les dynamiques de genre compliquent encore davantage la décision pour les femmes, qui doivent trouver un équilibre entre leur évolution professionnelle et l’éducation de leurs enfants. Les préoccupations liées à des enjeux mondiaux tels que la guerre et le changement climatique renforcent les hésitations à agrandir la famille (FNUAP, 2025). Bien que de nombreuses personnes aspirent encore à fonder une famille plus nombreuse, le taux de fécondité mondial affiche une baisse, passant de 3,31 en 1990 à 2,25 en 2024, plus de la moitié des pays se situant désormais en dessous du seuil de renouvellement des générations, fixé à 2,1 (ONU, 2024).
Les implications de ces changements dépassent les sphères sociale et économique pour englober des enjeux cruciaux de sécurité mondiale à long terme, notamment dans des grandes puissances telles que la Chine, le Japon et la Corée du Sud, ce qui pourrait avoir des répercussions sur leur puissance économique, leurs capacités militaires et leur rayonnement international.
La Chine et l’équilibre mondial des pouvoirs
Le déclin démographique de la Chine a des répercussions importantes sur la dynamique du pouvoir mondial. En 2025, la population chinoise a diminué d’environ 3,4 millions d’habitants, les personnes âgées de 60 ans et plus représentant 23 % de la population (Bureau national des statistiques de Chine, 2026). La diminution de la population en âge de travailler est préoccupante. En effet, ce groupe est indispensable pour soutenir la croissance économique, dont le Fonds monétaire international (FMI) prévoit un ralentissement au cours des prochaines décennies en raison des défis démographiques. Malgré ces difficultés, l’influence mondiale de la Chine n’est pas menacée dans l’immédiat. Le pays reste une puissance économique, technologique et militaire majeure, avec une croissance économique de 5 % en 2025 (FMI, 2026). La préoccupation en matière de sécurité à long terme réside dans la diminution du nombre de jeunes travailleurs et de recrues militaires potentielles, ce qui pourrait contraindre la Chine à maintenir sa croissance économique et à financer une population vieillissante. La Chine pourrait atténuer ces défis grâce aux progrès réalisés dans les domaines de l’automatisation, de l’intelligence artificielle et de la technologie, ce qui pourrait compenser les effets d’une main-d’œuvre en déclin. Ainsi, si les évolutions démographiques influenceront la position concurrentielle de la Chine, elles ne laissent pas nécessairement présager un déclin de sa puissance ni une montée de l’agressivité. Au contraire, les tendances démographiques joueront un rôle déterminant dans la configuration du futur paysage économique, militaire et géopolitique, notamment vis-à-vis de puissances telles que les États-Unis et l’Inde.
Conséquences
La baisse des taux de natalité et le vieillissement de la population posent des défis économiques. Le fait qu’un nombre de plus en plus restreint de personnes en âge de travailler doive subvenir aux besoins d’un nombre croissant de retraités entraîne des pénuries de main-d’œuvre et une augmentation des dépenses publiques consacrées aux services sociaux (FMI, 2025). Des pays comme le Japon et la Corée du Sud ont recours à des technologies de pointe, notamment l’intelligence artificielle et l’automatisation, pour pallier les pénuries de main-d’œuvre. Le Japon utilise l’automatisation pour atténuer les problèmes liés au vieillissement de sa population, tandis que l’adoption de l’intelligence artificielle par la Corée du Sud améliore la productivité (Chang et al., 2025). Cela suggère qu’une main-d’œuvre moins nombreuse peut produire davantage. Toutefois, l’automatisation peut entraîner des suppressions d’emplois et nécessiter un développement des compétences, ce qui affectera environ 40 % des emplois dans le monde (FMI, 2026). Les pays qui intègrent la technologie à l’éducation et à la reconversion professionnelle sont susceptibles de mieux gérer les répercussions économiques du vieillissement de la population.
Le déclin et le vieillissement de la population posent des défis en matière de sécurité militaire et nationale, car le nombre de jeunes disponibles pour le service militaire diminue. Par exemple, la Corée du Sud prévoit une baisse de 30 % de sa population masculine âgée de 20 ans d’ici 2025, ce qui entraînera une réduction de 20 % des effectifs militaires (reuters.com). Le Japon est confronté à des problèmes de recrutement similaires en raison d’un vivier de jeunes en diminution (reuters.com). Des pays comme la Chine, le Japon et la Corée du Sud pourraient avoir du mal à maintenir des forces conventionnelles importantes, même si des technologies de pointe telles que l’intelligence artificielle, les drones et la robotique peuvent pallier les pénuries de personnel. La Chine est en tête en matière d’installations de robots industriels, ce qui témoigne de son engagement en faveur de la technologie dans le domaine de la défense (iiss.org). La guerre en Ukraine illustre la manière dont la technologie réduit les besoins en effectifs (iiss.org). Néanmoins, le personnel humain reste indispensable pour les rôles opérationnels. Ainsi, le déclin démographique pourrait pousser les nations technologiquement avancées à intensifier leurs investissements dans les capacités cybernétiques et les armements de pointe. En fin de compte, cela modifie la dynamique de la guerre et exacerbe la concurrence entre les grandes puissances.
Un impact mondial plus large
Le déclin démographique et le vieillissement de la population ne toucheront pas uniquement des pays tels que la Chine, le Japon et la Corée du Sud ; ils pourraient progressivement modifier l’équilibre entre les pays à l’échelle mondiale. Les pays dont la population vieillit pourraient être confrontés à une pénurie de main-d’œuvre et se livrer à une concurrence de plus en plus vive pour attirer les jeunes travailleurs, les professionnels qualifiés et les migrants issus de pays dont la population est plus jeune. L’OCDE souligne que les migrations peuvent aider les économies vieillissantes à pallier les pénuries de main-d’œuvre, en particulier dans des secteurs tels que la santé, l’agriculture, le bâtiment et les technologies (OCDE, 2025).
Cela pourrait conférer aux pays dotés d’une importante population jeune, notamment en Afrique et dans certaines régions d’Asie, un rôle de plus en plus important au sein de l’économie mondiale, car ils disposent d’un réservoir croissant de main-d’œuvre et de consommateurs. Toutefois, cette situation engendre également des défis : si les jeunes des pays en développement ne parviennent pas à trouver suffisamment d’emplois, la pauvreté, le chômage et les pressions migratoires pourraient s’accentuer. Le FMI note que de nombreux pays en développement voient une importante population de jeunes entrer sur le marché du travail, mais peinent encore à créer suffisamment d’emplois pour les accueillir (FMI, 2025). Parallèlement, le vieillissement de la population devient une tendance mondiale de plus en plus marquée, ce qui signifie que les pays ne pourront peut-être pas compter indéfiniment sur l’immigration pour pallier leurs pénuries de main-d’œuvre. L’OCDE estime que la population en âge de travailler dans l’ensemble des pays de l’OCDE pourrait diminuer de 8 % d’ici 2060, tandis que le taux de dépendance des personnes âgées pourrait atteindre 52 %, ce qui exercerait une pression accrue sur les économies et les finances publiques (OCDE, 2025). Ces évolutions démographiques pourraient donc intensifier la concurrence en matière de talents, de technologies, d’investissements et d’influence économique. Les pays dont la population est plus jeune pourraient gagner en importance économique, tandis que les pays confrontés au vieillissement pourraient s’appuyer davantage sur l’intelligence artificielle, l’automatisation et les migrations internationales pour maintenir leurs économies. Ainsi, l’évolution démographique pourrait progressivement redéfinir le rapport de force et l’influence économiques à l’échelle mondiale. Cela crée de nouvelles relations et, potentiellement, de nouvelles tensions entre les pays dotés d’une population jeune et en croissance et ceux dont la population est plus âgée et en déclin.
Conclusion
Le déclin démographique pose des défis à long terme pour l’économie mondiale et la sécurité internationale. C’est particulièrement le cas dans des pays comme la Chine, le Japon et la Corée du Sud, caractérisés par des taux de natalité faibles et un vieillissement de la population. L’ONU prévoit que la population mondiale atteindra un pic de 10,3 milliards d’individus vers le milieu des années 2080, ce qui pourrait entraîner des pressions économiques telles qu’une pénurie de main-d’œuvre et une augmentation des coûts de santé (ONU, 2024). Néanmoins, le déclin démographique n’affaiblit pas intrinsèquement les nations. Les progrès en matière d’intelligence artificielle, de robotique et d’immigration pourraient contribuer à atténuer certains de ces impacts. Le FMI prévoit que l’amélioration de la santé et de la participation des personnes âgées au marché du travail pourrait stimuler la croissance du PIB mondial de 0,4 point de pourcentage entre 2025 et 2050 (FMI, 2025). La manière dont les pays s’adapteront grâce à des investissements dans la technologie et l’éducation influencera leur puissance économique et militaire alors qu’ils feront face à ces évolutions démographiques. Par conséquent, le déclin démographique doit être considéré comme une transformation à long terme plutôt que comme une menace immédiate pour la sécurité.
Références
Chang, S. J., Lee, H., Lee, S., Oh, S., Sun, Z., Xu, M. X. C. et Xu, X. (2025). Transformer l’avenir : l’impact de l’intelligence artificielle en Corée. Fonds monétaire international.
https://data.worldbank.org/?locations=CN-JP-KR-TH-BN-SG-NZ-AU&utm
https://www.imf.org/-/media/files/publications/weo/2025/april/english/text.pdf
https://www.oecd.org/en/publications/oecd-employment-outlook-2025_194a947b-en.html
https://www.stats.gov.cn/english/PressRelease/202601/t20260119_1962328.html (consulté le 24/08/2026)
https://www.un.org/development/desa/pd/world-population-prospects-2024



























