Introduction
La population historiquement jeune du Ghana représente un « dividende démographique » considérable, une opportunité structurelle de stimuler la croissance économique grâce à des investissements ciblés dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’emploi. Toutefois, la transformation de ce potentiel en atout dépend de la multiplication des possibilités offertes aux jeunes de contribuer à l’économie nationale. À l’heure actuelle, le Ghana est confronté à un déficit critique d’opportunités : un manque systémique de débouchés, tant formels qu’informels, qui empêche des millions de citoyens motivés de réaliser pleinement leur potentiel. Ce défi n’est pas un problème local, mais une réalité nationale qui touche les jeunes, des centres urbains du Grand Accra aux zones rurales des régions du nord. Cet article examine les origines de ce manque d’opportunités, rend compte de l’ampleur du défi dans divers secteurs et propose des stratégies concrètes pour combler ce fossé et garantir un avenir prospère à tous les jeunes Ghanéens.
LA FENÊTRE D’OPPORTUNITÉ DÉMOGRAPHIQUE DU GHANA, QUI SE RÉTRÉCIT
Les Ghanéens âgés de 15 à 35 ans représentent désormais 36,9 % des 33,7 millions de citoyens du pays, une proportion qui correspond au modèle classique du dividende démographique : une cohorte en âge de travailler dynamique, capable de stimuler la productivité et l’épargne bien au-delà des capacités d’une population plus âgée. L’Union africaine défend ce potentiel comme un impératif continental depuis 2017, en mettant l’accent sur l’éducation, la santé, la gouvernance et l’entrepreneuriat afin de tirer parti de ces évolutions (Union africaine, 2017).
Les exemples observés à l’échelle mondiale démontrent l’ampleur de cette opportunité et sa brièveté. Au milieu du XXe siècle, la Corée du Sud, Taïwan et Singapour ont su tirer parti de changements démographiques similaires pour connaître une croissance rapide grâce à l’éducation et à des politiques tournées vers l’extérieur ; le PIB par habitant de la Corée du Sud a augmenté d’environ 2 200 % lorsque sa fenêtre de dividende démographique s’est ouverte (FMI, 2014). En Afrique, Maurice a opéré sa transition en se diversifiant, passant de l’agriculture à la finance et au tourisme, ce qui la place parmi les rares nations à tirer déjà profit de la richesse démographique à un stade avancé (Centre africain pour la transformation économique, 2025). Si la situation actuelle du Ghana offre une opportunité comparable, les données suggèrent que le pays n’a pas encore atteint le niveau d’investissement nécessaire pour reproduire ces succès.
LA RÉALITÉ EMPIRIQUE DES INÉGALITÉS EN MATIÈRE D’OPPORTUNITÉS CHEZ LES JEUNES
La pénurie criante d’opportunités a été illustrée de manière tragique le 12 novembre 2025. Avant l’aube, environ 21 000 jeunes se sont rassemblés au stade El-Wak d’Accra, prêts à tout pour décrocher l’une des rares places disponibles dans le cadre de la campagne de recrutement des Forces armées ghanéennes. L’ouverture des portes à 6 heures du matin a déclenché une ruée chaotique qui a submergé les dispositifs de sécurité, entraînant la mort de six jeunes femmes et laissant dix-sept autres dans un état critique (Citi Newsroom, 2025a). Cette tragédie, qui a entraîné la suspension de la campagne de recrutement à l’échelle nationale et observé une minute de silence au Parlement, a illustré de manière poignante la demande écrasante d’emplois formels et stables, qui dépasse de loin l’offre disponible dans ce domaine.
Ce manque d’opportunités touche même les diplômés hautement qualifiés qui remplissent toutes les conditions professionnelles requises. En juillet 2025, le ministre de la Santé a indiqué au Parlement que 71 969 professionnels de santé diplômés — dont des infirmiers, des médecins et des pharmaciens — n’avaient toujours pas trouvé d’emploi, certaines promotions d’infirmiers étant en attente depuis 2021 en raison d’un manque d’autorisation financière (TheVaultzNews, 2025). Bien qu’une campagne de recrutement menée en mai 2026 ait permis de pourvoir 8 000 postes, l’Association ghanéenne des infirmiers et sages-femmes diplômés a fait remarquer que cela était insuffisant pour résorber un arriéré de plus de 17 000 diplômés (Rainbow Radio, 2026). En conséquence, alors que les cliniques publiques sont confrontées à un manque chronique de personnel, une main-d’œuvre qualifiée reste dans l’impossibilité d’exercer en raison de contraintes budgétaires.
Les données économiques générales mettent en évidence ces obstacles systémiques à l’accès aux opportunités. Alors que le taux de chômage global a reculé à 13,6 % fin 2024, le chômage des jeunes âgés de 15 à 35 ans est resté stable à 22,5 % (Citi Newsroom, 2025a). La situation s’est aggravée en 2025, le chômage des 15-24 ans ayant grimpé à 32,5 % à l’échelle nationale et atteint 49,3 % dans le Grand Accra (Graphic Online, 2025). Au troisième trimestre 2025, près de deux millions de jeunes Ghanéens étaient classés comme n’étant ni scolarisés, ni employés, ni en formation (NEET), ce qui témoigne d’une tendance à un manque de perspectives à long terme (Graphic Online, 2026). Ces chiffres sont particulièrement alarmants dans les centres urbains tels que le Grand Accra (31,9 %) et la région centrale (27,4 %), ce qui montre que le manque de perspectives d’avenir constitue un défi national aux implications sociales importantes dans toutes les régions (Citi Newsroom, 2025b ; Graphic Online, 2026).
OBSTACLES SYSTÉMIQUES À LA CROISSANCE
Si le Ghana évalue régulièrement les écarts en matière d’éducation et d’emploi, il subsiste une troisième forme, plus lourde de conséquences, de limitation des opportunités : l’absence de structures concrètes permettant aux jeunes d’influencer les politiques. Bien qu’une représentation officielle existe sur le papier, la possibilité d’exercer une réelle autorité leur est rarement accordée. Les jeunes font rapidement la distinction entre les canaux symboliques et la possibilité réelle d’exercer une influence, et ils savent reconnaître quand leurs voix sont manipulées plutôt qu’entendues.
La rareté des perspectives économiques et civiques engendre un cercle vicieux. Lorsque le système semble fermé, certains jeunes sont contraints de rechercher des alternatives informelles ou non autorisées pour améliorer leurs conditions de vie. Dans le nord du Ghana, une évaluation réalisée en 2023 par le PNUD Ghana a identifié le manque d’opportunités d’emploi comme le principal facteur de vulnérabilité à la radicalisation, devant les facteurs religieux ou ethniques. Cela reflète les tendances observées à l’échelle du continent, où une part importante des personnes recrutées par des groupes extrémistes ont cité la recherche d’un emploi et d’opportunités économiques comme principale motivation de leur adhésion.
Pour combler ce fossé, l’État doit donner la priorité à l’élargissement des opportunités avant que la fenêtre démographique ne se referme. Transformer l’énergie des jeunes autonomes en atout national implique d’aller au-delà de la simple surveillance des régions vulnérables pour s’engager dans des investissements massifs dans ces zones. Pour briser le cercle vicieux des opportunités limitées, il faut s’engager à investir dans le potentiel des jeunes sur l’ensemble du territoire national — des villes frontalières aux banlieues de la capitale —, ce qui constitue la logique fondamentale du dividende démographique.
STRATÉGIES POUR SORTIR DU PIÈGE STRUCTUREL
Pour combler le fossé en matière d’opportunités, il n’est pas nécessaire de mettre en place une architecture entièrement nouvelle. Le Ghana dispose déjà des fondements institutionnels nécessaires ; ce qui a fait défaut, c’est l’envergure, le financement et la persévérance à la hauteur de l’ampleur du défi décrit ci-dessus. Afin d’élargir de manière significative les perspectives d’avenir de la jeunesse du pays, trois actions stratégiques s’imposent : tirer parti de deux cadres existants et adopter un modèle éprouvé provenant d’ailleurs.
Premièrement, les capacités de formation technique et professionnelle nécessitent un financement et des objectifs de placement adaptés spécifiquement aux régions les plus touchées par le phénomène des NEET, afin de garantir que les jeunes, tant en milieu rural qu’urbain, aient accès à des opportunités de développement des compétences. Deuxièmement, le retard accumulé en matière de recrutement de professionnels dans les secteurs de la santé et de la sécurité nécessite un plan de rattrapage financé : il faut faire de l’accès à l’emploi de ces professionnels qualifiés une priorité nationale, en veillant à ce que les diplômés qualifiés ne restent pas inactifs en raison de contraintes administratives.
Troisièmement, le Ghana pourrait s’inspirer d’un modèle tel que le Service de l’emploi des jeunes d’Afrique du Sud, qui a créé plus de 200 000 opportunités d’expérience professionnelle rémunérée depuis 2018 (GoodThingsGuy, 2025). Un équivalent ghanéen permettrait au secteur privé de s’impliquer directement et à faible risque dans l’offre d’opportunités dont sont actuellement privés les diplômés et les jeunes NEET, sans nécessiter de nouvelles dépenses publiques d’une ampleur comparable à celle d’un programme financé exclusivement par l’État.
CONCLUSION
Le plus grand atout du Ghana réside dans sa population jeune, mais ce potentiel ne pourra se concrétiser que si l’on comble le fossé actuel en matière d’opportunités. Le défi ne réside pas dans la jeunesse elle-même, mais dans un manque systémique d’opportunités qui touche les jeunes aux quatre coins du pays. Des événements tragiques survenus à El-Wak aux milliers de professionnels de santé en attente d’un poste, les faits témoignent d’une demande massive et non satisfaite d’engagement productif. Le cadre de l’Union africaine relatif au dividende démographique met en évidence une fenêtre d’opportunité qui reste ouverte pour le Ghana — la même que celle dont ont tiré parti des nations telles que Singapour et Maurice pour connaître une croissance rapide. Toutefois, ce succès dépend d’un engagement national à créer des opportunités qui s’étendent au-delà de la capitale pour atteindre toutes les régions. La menace qui pèse sur l’avenir du Ghana n’est pas l’instabilité, mais l’absence persistante de voies permettant à sa jeunesse de s’investir. En donnant la priorité à l’élargissement des opportunités tant dans le secteur public que dans le secteur privé, le Ghana peut passer de la gestion d’un pic démographique à la mise à profit d’un dividende démographique durable.
RÉFÉRENCES
Centre africain pour la transformation économique. (4 septembre 2025). Tirer parti du dividende démographique de l’Afrique : opportunités et nouveaux défis pour la transformation économique. https://acetforafrica.org/research-and-analysis/insights-ideas/policy-briefs/harnessing-africas-demographic-dividend/
Union africaine. (2017). Feuille de route de l’UA sur la mise à profit du dividende démographique grâce à des investissements en faveur de la jeunesse. Commission de l’Union africaine.
Citi Newsroom. (2025a, 12 novembre). Six morts dans une bousculade survenue au stade El-Wak lors d’une campagne de recrutement militaire. https://www.citinewsroom.com/2025/11/six-dead-in-el-wak-stadium-stampede-during-military-recruitment/
Citi Newsroom. (19 décembre 2025b). GSS : 1,3 million de jeunes Ghanéens sans emploi alors que le chômage des jeunes s’aggrave. https://citinewsroom.com/2025/12/1-3-million-young-ghanaians-idle-as-youth-joblessness-deepens-gss/
Citi Newsroom. (28 août 2025c). Le taux de chômage au Ghana recule à 13,6 % en 2024, mais le chômage des jeunes reste élevé. https://citinewsroom.com/2025/08/ghanas-unemployment-rate-eases-to-13-6-in-2024-youth-joblessness-still-high/
GoodThingsGuy. (11 décembre 2025). YES atteint les 200 000 opportunités d’emploi, ouvrant ainsi des perspectives aux jeunes Sud-Africains. https://www.goodthingsguy.com/business/yes-helps-youth-employment-200k/
Graphic Online. (18 décembre 2025). Le marché du travail ghanéen est en pleine croissance, mais le chômage des jeunes et l’inadéquation des compétences restent des problèmes majeurs, selon de nouvelles données. https://www.graphic.com.gh/business/business-news/ghanas-labour-market-grows-but-youth-unemployment-skill-mismatches-loom-large-new-data-reveals.html
Graphic Online. (28 juillet 2026). Près de 2 millions de jeunes Ghanéens ne sont ni scolarisés, ni employés, ni en formation – GSS. https://www.graphic.com.gh/news/general-news/nearly-2-million-young-ghanaians-not-in-education-employment-or-training-gss.html
FMI. (2014). L’essor de l’Afrique : tirer parti du dividende démographique (document de travail n° WP/14/143). Fonds monétaire international. https://www.imf.org/external/pubs/ft/wp/2014/wp14143.pdf
Rainbow Radio. (4 juin 2026). Le GRNMA met en garde contre le fait que le recrutement « au coup par coup » met en péril les compétences des infirmières au chômage. https://rainbowradioonline.com/2026/06/04/grnma-warns-piecemeal-recruitment-puts-unemployed-nurses-skills-at-risk/
TheVaultzNews. (11 juillet 2025). 71 969 professionnels de santé au chômage : le ministre de la Santé s’engage à prendre des mesures d’urgence. https://thevaultznews.com/2025/07/11/71969-health-professionals-unemployed/
PNUD. (2023). Le chemin vers l’extrémisme en Afrique : les voies du recrutement et de la désaffiliation. Programme des Nations Unies pour le développement.
PNUD Ghana. (30 juin 2023). Le chômage des jeunes est le principal facteur de vulnérabilité à l’extrémisme violent et à la radicalisation dans les régions du nord du Ghana – Nouveau rapport du PNUD Ghana. Programme des Nations Unies pour le développement. https://www.undp.org/ghana/press-releases/youth-unemployment-most-common-driver-vulnerability-violent-extremism-and-radicalisation-northern-regions-ghana-new-undp-ghana




























