Les gouvernements du Burkina Faso, du Mali et du Niger, dirigés par des militaires, ont récemment annoncé leur retrait de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), marquant ainsi une nouvelle étape décisive dans leurs efforts pour rompre les liens avec la France et décoloniser leurs nations. Cette décision fait suite à leur départ de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et à l’expulsion des forces militaires françaises et occidentales de leurs territoires (BBC, 2024).
Organisation internationale de la Francophonie
L’OIF, à l’image du Commonwealth of Nations (56 membres) pour les pays anglophones, anciens territoires et colonies de l’Empire britannique, désigne des hommes et des femmes qui partagent une langue commune : le français. L’OIF estime à plus de 321 millions le nombre de francophones répartis sur les cinq continents (OIF, 2023). Elle se consacre, depuis 1970, à la promotion de la langue française et à la coopération politique, éducative, économique et culturelle entre les 93 pays membres.
Actuellement dirigée par la Secrétaire générale Louise Mushikiwabo, l’OIF met en œuvre des projets de coopération multilatérale francophone aux côtés de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie et de quatre agences opérationnelles : Agence universitaire de la Francophonie, TV5MONDE, Association internationale des maires francophones et Université Senghor à Alexandrie (OIF, 2023).
Il a pour mission de promouvoir la langue française et la diversité culturelle et linguistique ; de promouvoir la paix, la démocratie et les droits de l’homme ; de soutenir l’éducation, la formation, l’enseignement supérieur et la recherche ; et de favoriser la coopération économique pour soutenir le développement durable.
Les Décolonisation Agenda
Les trois pays sahéliens dirigés par la junte ont systématiquement démantelé l’influence post-coloniale persistante de la France depuis que les dirigeants militaires ont pris le pouvoir. Cette trajectoire de décolonisation a vu l’expulsion des troupes françaises, la coupure des liens économiques et politiques avec Paris et l’érosion progressive de la domination culturelle française dans ces pays (Al Jazeera, 2024). Notamment, le Niger et le Burkina Faso ont déjà remplacé leurs hymnes nationaux composés par des Français par de nouveaux hymnes qui reflètent l’identité indigène et le sentiment anticolonial. En outre, les trois pays ont fait part de leur intention de remplacer le franc CFA par une nouvelle monnaie commune, le Sahel (Reuters, 2024).
L’OIF, fondée pour promouvoir la langue française et la coopération francophone dans les anciennes colonies françaises, a été perçue par ces nations comme une extension du contrôle néocolonial (BBC, 2024). En quittant cette organisation, les trois États ont démontré leur détermination à affirmer leur pleine souveraineté sur leurs affaires politiques, économiques et culturelles. Ce retrait s’inscrit dans le cadre de leurs efforts pour construire un nouvel ordre régional libéré de l’influence française, la nouvelle confédération du Sahel étant la pierre angulaire de cette vision (Al Jazeera, 2024).
Rupture S’affranchir du Neo-colonialisme
Historiquement, la France a maintenu son emprise sur ses anciennes colonies africaines par le biais de mécanismes tels que le franc CFA, les dépendances économiques et les interventions militaires. Arikana Chihombori-Quao, l’un des critiques les plus virulents des relations du monde occidental avec le continent, a précédemment exposé la manière dont la France a maintenu sa domination économique sur l’Afrique francophone par le biais du « Pacte pour la poursuite de la colonisation », ou Franceafrique (Chihombori-Quao, 2024).
S’exprimant sur le thème : L’impérialisme, le colonialisme et le néocolonialisme – les trois axes du mal pour l’Afrique », lors de la 14e conférence commémorative Kwame Nkrumah et de la congrégation à Cape Coast, au Ghana, organisée par l’Université de Cape Coast (UCC), le lundi 19 août 2024. Congrégation à Cape Coast, Ghana, organisée par l’Université de Cape Coast (UCC) le lundi 19 août 2024, l’ancien représentant de l’Union africaine aux États-Unis a observé que si l’esclavage et le colonialisme étaient plus frontaux, le néocolonialisme était plutôt subtil, comme dans le cas de la colonisation continue par la France de ses anciennes colonies après l’indépendance (Chihombori-Quao, 2024).
Ces pays, a noté l’ambassadeur Chihombori-Quao, « ont eu pire » car « au moment où ils recevaient leur indépendance de la France, on leur a fait signer un document qu’ils appellent ‘le pacte pour la poursuite de la colonisation’. D’une part, ‘Nous [French] voulons que vous signiez ce document qui vous dit que vous êtes libres, mais d’autre part, nous voulons que vous signiez cet autre document appelé ‘Pacte pour la poursuite de la colonisation’ qui dit simplement, ‘Vous acceptez d’être colonisés d’une manière différente’. L’animal a simplement changé de vêtements », a-t-elle fait remarquer.
« Et qu’y avait-il de si mauvais dans le Pacte pour la poursuite de la colonisation ? s’interroge sarcastiquement l’ambassadeur Chihombori-Quao. Elle dit : « Vos minéraux, découverts et à découvrir, appartiennent à la France [and]. Les entreprises françaises ont le premier droit de refus. Vos réserves bancaires – à l’époque, elles étaient de 80 % – seront déposées en France ; et si vous avez besoin d’une partie de ces fonds, vous devrez présenter une demande de prêt à la Banque centrale française et, en cas d’approbation, vous ne pourrez accéder qu’à 20 % de ce que vous avez déposé l’année précédente sous la forme d’un prêt au taux d’intérêt commercial ».
Elle a souligné la gravité du pacte : « Vous avez déposé de l’argent au cours des cinq ou dix dernières années et, lorsque vous avez besoin de votre propre argent, vous devez demander un prêt au taux d’intérêt commercial et, s’il est approuvé, vous ne pouvez accéder qu’à 20 % de ce que vous avez déposé l’année précédente. Le reste a disparu. La France le garde ».
Selon elle, les « archives montrent que la France investissait ces fonds dans le marché boursier français avec des rendements supérieurs à 300 milliards par an et que la France a gardé tout cela depuis les années 1950 jusqu’à aujourd’hui ».
En outre, elle a poursuivi : « Votre armée ne peut être entraînée que par la France. Votre équipement militaire ne peut être acheté qu’en France. Votre langue d’instruction ne peut être que le français. Ainsi, si vous étiez président de l’une des anciennes colonies françaises, [on] le premier jour de votre mandat, votre chef de cabinet viendrait vous voir et vous dirait : « Monsieur le Président, je dois vous lire ce qui est stipulé par le « Pacte pour la poursuite de la colonisation », car si vous ne le suivez pas, votre tête pourrait se retrouver suspendue à un arbre », donc, Monsieur le Président, vous devez déposer 85 % de vos réserves bancaires auprès de la France. Monsieur le Président, vous ne pouvez rien faire pour vos ressources naturelles, les entreprises françaises ont le premier droit de refus. Monsieur le Président, votre armée ne peut être formée que par la France. Monsieur le Président, vous ne pouvez acheter du matériel militaire qu’en France. Si vous [stick to] ces principaux éléments de base, Monsieur le Président, vous êtes libre de gérer votre pays comme vous l’entendez ».
Combattre le Nexploitation éco-coloniste
Les coups d’État survenus après 2020 au Sahel, menés par des officiers militaires animés d’un fort sentiment anti-français, reflètent une vague de fond de rejet populaire de cette exploitation continue (Peoples Dispatch, 2023). Des leaders comme le capitaine Ibrahim Traoré du Burkina Faso et le colonel Mamadou Doumbouya de Guinée ont ouvertement critiqué l’ingérence de l’Occident dans les affaires africaines, présentant leurs mouvements comme un retour à une véritable souveraineté africaine plutôt qu’à une dictature militaire. Le récent retrait de l’OIF illustre encore davantage cette évolution idéologique vers l’autodétermination et le rejet des structures néocoloniales (VOA, 2023).
Dans un discours prononcé en Russie, M. Traoré a fait remarquer que les dirigeants africains postcoloniaux avaient manqué à leur devoir envers l’Afrique en devenant des marionnettes occidentales et des mendiants dans le monde entier, au lieu d’utiliser leurs ressources pour le développement du continent. Il a insisté sur le démantèlement des liens coloniaux qui ont continué à profiter à l’Europe et à l’Amérique du Nord en général, et à la France en particulier, dans l’ère postcoloniale. Il a également déploré la persistance de l’impérialisme, de l’esclavage et de l’effacement de la contribution des Africains à l’histoire du monde, qui est un sujet de colonialité (Peoples Dispatch, 2023). Traoré a également dénoncé l’ingérence de l’Occident dans les affaires africaines sous couvert de démocratie et de droits de l’homme, alors qu’en réalité, il ne s’agit que de tactiques interventionnistes destinées à maintenir une mainmise sur l’Afrique en éliminant les dirigeants indésirables et en les remplaçant par des dirigeants dociles, ainsi que la politique de deux poids deux mesures de certains dirigeants africains qui soutiennent la domination de l’Occident sur le continent (Peoples Dispatch, 2023).
S’adressant à l’Assemblée générale des Nations unies, le chef militaire guinéen, le colonel Mamadou Doumbouya, s’est également fait l’écho de sentiments similaires : « Nous, Africains, sommes insultés par les cases, les catégories qui nous placent tantôt sous l’influence des Américains, tantôt sous celle des Britanniques, des Français, des Chinois, des Turcs… Aujourd’hui, les peuples africains sont plus éveillés que jamais et plus que jamais déterminés à prendre leur destin en main » (VOA).
Vers une Nn nouveau Sahel Order
La décision de quitter l’OIF doit être considérée dans le contexte plus large de la réorientation des pays de l’AES vers des partenariats alternatifs. En lieu et place de leur dépendance historique à l’égard de la France et des institutions occidentales, le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont approfondi leurs liens avec la Russie, la Chine et d’autres acteurs non occidentaux (Reuters, 2024). Leur pivot vers Moscou, en particulier dans le domaine de la sécurité, a déjà remodelé la dynamique régionale, l’assistance militaire russe remplaçant celle de la France et des États-Unis (Al Jazeera, 2024).
Conclusion
Sans célébrer les coups d’État qui les ont portés au pouvoir, il convient de souligner que ces chefs de junte ont adopté une position plus panafricaniste, soulignant l’importance de l’autonomie africaine et de la coopération intra-africaine. La création de la confédération du Sahel témoigne de leur intention de tracer une nouvelle voie indépendante des institutions traditionnelles dominées par l’Occident. En mettant l’accent sur les modèles de gouvernance autochtones, l’indépendance économique et la coopération en matière de sécurité, cette nouvelle alliance a redéfini le paysage géopolitique de l’Afrique de l’Ouest (BBC, 2024).
Leur retrait de l’OIF marque une étape importante dans leur quête de décolonisation. Cette décision, qui fait suite à leur départ de la CEDEAO et à l’expulsion des forces militaires françaises, souligne leur détermination à récupérer leur souveraineté des enchevêtrements néocoloniaux et à tracer une nouvelle voie en prenant leur destin en main sans être soumis aux conditionnalités occidentales. Ils semblent déterminés à définir les cultures et les valeurs qu’ils assimilent en tant que souverains sans l’imposition hégémonique de la France. Leur dérive vers la Russie et la Chine – deux pays qui traitent avec eux comme des « frères » plutôt que comme des « maîtres » – renforce peut-être le fort désir de se libérer des chaînes françaises vieilles de plusieurs décennies.
Alors que le reste de l’Afrique et le monde observent chacun de leurs mouvements pour voir s’ils réussissent ou non leur programme de décolonisation, il est important que leurs nouveaux amis – la Russie et la Chine – ne deviennent pas un autre néocoloniste à long terme. Le remplacement d’un néocoloniste familier par un autre inconnu serait une grande tragédie pour le Sahel. Malgré les incertitudes, une chose reste très claire : le vent du changement balaie le Sahel, et les pays de l’AES sont à l’avant-garde d’une nouvelle vague sur le continent africain.
Références :
– Al Jazeera. (2024). Les pays du Sahel se retirent de l’OIF. Récupéré de [Al Jazeera website]
– BBC. (2024). Le Burkina Faso, le Mali et le Niger sortent de la Francophonie. Récupéré de [BBC website]
– Chihombori-Quao, A. (2024). Discours de la conférence commémorative Kwame Nkrumah. Université de Cape Coast.
– OIF. (2023). Organisation internationale de la Francophonie : Mission et membres. Extrait de [OIF website]
– La Dépêche des Peuples. (2023). La position anticoloniale d’Ibrahim Traoré. Extrait de [Peoples Dispatch website]
– Reuters. (2024). Les pays de l’AES approfondissent leurs liens avec la Russie et la Chine. Tiré de [Reuters website]
– VOA. (2023). Le dirigeant guinéen s’exprime devant l’Assemblée générale des Nations unies. Récupéré de [VOA website]