Introduction
L’Union européenne (UE), une union politique et économique de 27 nations européennes, est un bloc mondial visant à promouvoir la paix, la stabilité et la coopération. En 2022, elle a approuvé un plan d’action intitulé « Strategic Compass » visant à renforcer sa sécurité et sa défense d’ici à 2030. L’objectif global est de renforcer sa capacité à agir en tant que fournisseur de sécurité crédible, notamment face aux menaces géopolitiques croissantes telles que la Russie. Cette boussole est conçue pour compléter l’OTAN, qui reste le principal fondement de la défense collective de ses membres.
Toutefois, avant l’élaboration de la boussole stratégique, l’UE a développé en 2021 une stratégie de passerelle globale qui met l’accent sur le développement d’infrastructures à grande échelle dans des domaines tels que l’énergie et les transports. La stratégie identifie la bonne gouvernance comme l’un de ses trois piliers prioritaires de coopération et s’étend jusqu’en 2027.
En mars 2026, l’UE a décidé d’établir un partenariat de sécurité et de défense avec le Ghana. L’accord devrait être officiellement signé à Accra le 24 mars 2026 et comportera les principaux éléments suivants ;
– Objet : Le partenariat vise à renforcer la sécurité nationale, le contrôle des frontières, la cybersécurité et la formation militaire au Ghana, notamment en réponse à la propagation de la violence de la région du Sahel à la côte de l’Afrique de l’Ouest.
– Contexte : Kaja Kallas, chef de la politique étrangère de l’UE, a annoncé ce partenariat le 9 mars 2026, dans le cadre d’une stratégie plus large visant à étendre la portée de la sécurité de l’UE en réponse à l’instabilité géopolitique croissante.
Cet accord semble faire suite à un précédent soutien important de l’UE au Ghana, notamment le don de plus de 100 véhicules blindés et d’autres équipements de sécurité pour renforcer les forces armées ghanéennes. L’accord, qui devrait être le premier partenariat de ce type entre l’UE et un pays africain, est explicitement axé sur la lutte contre le terrorisme, les systèmes d’alerte précoce et la stabilité régionale (MyJoyOnline, 2026 ; Ghana Business News, 2026). Cette évolution coïncide avec l’exposition croissante du Ghana aux menaces de sécurité transnationales émanant du Sahel, où la violence djihadiste continue de s’étendre vers le sud.
Cela est intéressant, car dans le même temps, l’UE a adopté des partenariats similaires avec des acteurs mondiaux, y compris la Corée du Sud, dans un cadre plus large visant à renforcer l’interopérabilité, la gestion des crises et la résilience face aux menaces hybrides (Service européen pour l’action extérieure [SEAE], 2025). La CISA souhaite situer le partenariat de défense UE-Ghana dans ce paysage stratégique en évolution et évaluer ses implications pour la posture de sécurité et le rôle régional du Ghana.
Le modèle de partenariat de sécurité et de défense de l’UE
Les partenariats de sécurité et de défense (PDS) de l’UE constituent une approche souple et modulaire de la coopération internationale en matière de sécurité. Contrairement aux alliances traditionnelles, ces accords sont conçus pour aligner les priorités stratégiques tout en permettant une mise en œuvre sur mesure.
Selon le SEAE, les PDS se concentrent sur des domaines tels que la lutte contre le terrorisme, la cybersécurité, la gestion des crises et la résilience face aux menaces hybrides (SEAE, 2025). Elles permettent également aux pays partenaires de participer aux missions de l’UE et d’accéder aux mécanismes de financement liés à la défense.
Le partenariat de sécurité et de défense UE-Corée du Sud, conclu en septembre 2024, illustre ce modèle. Il met l’accent sur l’interopérabilité, la coopération technologique et les réponses conjointes aux menaces émergentes, y compris la cyberguerre et la désinformation (SEAE, 2025).
Cette expansion mondiale reflète l’ambition stratégique de l’UE de construire un réseau de partenariats de sécurité qui s’étendent au-delà de son voisinage immédiat.
Le partenariat de défense UE-Ghana : Portée et objectifs
Le partenariat de défense UE-Ghana est principalement motivé par des préoccupations communes concernant l’instabilité régionale et la propagation de l’extrémisme violent. Comme indiqué précédemment, les principaux domaines d’intérêt comprennent le renforcement des systèmes d’alerte précoce et de réaction, l’amélioration de la prévention des conflits au niveau local, le soutien à la réforme du secteur de la sécurité et la promotion du partage et de la coordination des renseignements. (Ghana Business News, 2026). Le partenariat s’appuie également sur les initiatives existantes de l’UE en Afrique de l’Ouest, y compris le soutien à la CEDEAO et aux systèmes régionaux d’alerte précoce (Business Ghana, 2026).
Le Ghana a également été le fer de lance de l’initiative d’Accra, un cadre de sécurité régionale visant à empêcher la propagation du terrorisme du Sahel vers les États côtiers (Agence Ecofin, 2026), et l’on pense que c’est un facteur d’attraction pour sa sélection pour ce rôle clé.
Les retombées de la sécurité au Sahel et l’exposition stratégique du Ghana
Le Sahel est devenu un épicentre majeur de la violence djihadiste, avec des groupes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique qui étendent leurs opérations au Mali, au Burkina Faso et au Niger. La formation de l’Alliance des États du Sahel (AES) et de sa force militaire conjointe reflète l’ampleur de la menace et la fragmentation de l’architecture de sécurité régionale.
Cette instabilité constitue un risque direct pour les États côtiers d’Afrique de l’Ouest, dont le Ghana. Bien que l’UE ait été active dans le Sahel par le passé, le retrait de certaines missions de l’UE à la suite de changements politiques dans le Sahel a créé de nouvelles lacunes en matière de sécurité. Dans ce contexte, le Ghana apparaît comme un État de première ligne dans la prévention des débordements vers le sud. Le partenariat de défense UE-Ghana peut donc être compris comme faisant partie d’une stratégie plus large visant à contenir l’instabilité avant qu’elle n’atteigne le Golfe de Guinée. Outre le fait que le Ghana soit un centre attractif pour ce partenariat, il existe des inquiétudes quant aux impacts à moyen terme et au fait que le pays devienne une rampe de lancement pour les futures missions d’attaque de l’UE au Sahel, visant à regagner sa sphère d’influence.
Implications stratégiques pour le Ghana
Le partenariat de défense UE-Ghana présente à la fois des opportunités et des défis. D’une part, le partenariat est considéré comme opportun et devrait permettre d’améliorer les compétences en matière de lutte contre le terrorisme, de renforcer les institutions, en particulier dans le cadre de la mise en place de systèmes d’alerte précoce, et d’améliorer le profil du Ghana en matière de sécurité internationale, de renseignement et de diplomatie.
En ce qui concerne les défis, il existe un risque accru d’engendrer une dépendance qui, si l’on n’y prend pas garde, risque de compromettre les principales orientations militaires stratégiques du Ghana. Cela pourrait assujettir l’attention du Ghana à celle de l’UE, limitant ainsi son autonomie. Plus important encore, elle pourrait saper l’avance du Ghana dans l’initiative d’Accra et attirer l’attention des groupes armés non étatiques qui pourraient considérer cette coopération comme une capitulation.
Il est important que les principaux acteurs de la sécurité au Ghana reconnaissent qu’ils se trouvent à l’extrémité réceptrice des attaques terroristes par le biais des réfugiés en fuite, de l’impact sur ses ressources et du renforcement de la surveillance et de la préparation aux situations d’urgence (voir fig. 1). À mesure que la crise au Sahel s’aggrave et que des acteurs clés identifient le Ghana comme un refuge, les risques pourraient s’accroître et nécessiter un soutien logistique important et un financement supplémentaire que ces accords ne sont peut-être pas prêts à financer.
En outre, l’accord place le Ghana au cœur d’une nouvelle alliance stratégique entre la Chine, la Russie et d’autres puissances, et risque de faire du Ghana un pion dans la stratégie globale des superpuissances visant à contrôler des zones importantes du continent africain.
Figure 1

Source : ACLED
Conclusion
Le partenariat de défense UE-Ghana représente une évolution significative de la coopération européenne et africaine en matière de sécurité. S’il reflète la transition de l’UE vers un réseau mondial de partenariats de défense flexibles et l’évolution du rôle du Ghana en tant qu’État de première ligne dans le paysage sécuritaire de l’Afrique de l’Ouest, il pourrait également engendrer des difficultés de mise en œuvre au fil du temps.
Le Ghana doit donc s’efforcer d’avoir un impact plus large en veillant à l’intégration de ces accords dans les cadres de sécurité régionaux déjà établis dans le cadre de l’initiative d’Accra et de la Cedeao. Le terrorisme continuant à se propager à partir du Sahel, l’importance stratégique du Ghana augmentera mais dépendra fortement de sa gestion efficace des différents accords qu’il a conclus avec des pays clés.
Références
Business Ghana. (2026). Le Ghana et l’UE vont signer un accord historique de partenariat en matière de défense et de sécurité.
Agence Ecofin. (2026). Le Ghana et l’UE devraient signer un partenariat de défense dans les prochains jours.
Service européen pour l’action extérieure (SEAE). (2025). Partenariats de l’UE en matière de sécurité et de défense.
Ghana Business News. (2026). L’UE et le Ghana signent un pacte de partenariat en matière de sécurité.
MyJoyOnline. (2026). L’UE va signer un pacte de défense historique avec le Ghana dans le cadre du pivot de la sécurité mondiale.
Kyu-seok Shim (2026) La Corée du Sud et le Ghana vont développer leur coopération dans les domaines du climat, de la technologie et de la sécurité maritime sur CNBC Africa




























