La défense moderne exige plus qu’un simple équipement de haute technologie ; elle exige de tester rigoureusement les personnes, les processus et les politiques face aux menaces futures. Cela signifie qu’il faut aller au-delà des simples exercices et adopter des exercices de simulation de combat (ESC) complets. L’ECS est un outil stratégique essentiel qui permet aux nations de tester leur résilience en matière de sécurité face à des adversaires complexes et non conventionnels, qu’il s’agisse de cybercriminels sophistiqués ou de réseaux djihadistes en expansion.
I. Qu’est-ce qu’un exercice de simulation de combat ?
Un exercice de simulation de combat est une activité d’entraînement militaire conçue pour reproduire des scénarios de combat dans un environnement contrôlé. Ces exercices peuvent varier en complexité et en objectif, mais ils visent généralement à améliorer l’état de préparation et l’efficacité du personnel militaire en fournissant des expériences d’entraînement réalistes sans les risques associés aux combats réels.
II. Les trois dimensions de l’exercice de simulation de combat
Les simulations sont classées en fonction de la part du « monde réel » qu’elles intègrent, en utilisant le cadre militaire standard connu sous le nom de Live, Virtual, and Constructive (LVC) 1 :
| Catégorie | Définition | Objectif/Exemple |
| Simulation en direct | De vraies personnes utilisant de vrais systèmes et équipements. | Exercices standard sur le terrain, au cours desquels les troupes utilisent leurs plates-formes d’armes et leur équipement réels pour valider les réponses et les tactiques en matière de sécurité physique. |
| Simulation virtuelle | Des personnes réelles utilisant des systèmes simulés. | Des simulateurs de vol, ou des exercices d’état-major au cours desquels les dirigeants répondent à des flux de renseignements et à des alertes simulés à l’intérieur d’un réseau. |
| Simulation constructive | Des personnes simulées faisant fonctionner des systèmes simulés (modèles informatiques). | Analyse à grande échelle et de haut niveau utilisée pour modéliser les défis logistiques, calculer les taux de pertes ou simuler des interactions géopolitiques et économiques à grande échelle. |
La capacité à combiner ces trois éléments (intégration LVC) est cruciale pour reproduire la complexité des conflits modernes multi-domaines.
III. Les avantages
- Contrer les menaces hybrides et non conventionnelles :
La simulation est essentielle non seulement pour se préparer à affronter des forces militaires conventionnelles, mais aussi pour élaborer des réponses souples à la guerre irrégulière (IW), qui comprend le terrorisme, l’insurrection et les cyberconflits.
- Stress-Testing contre le terrorisme et la guérilla :
Les systèmes de défense conventionnels luttent contre les menaces qui utilisent des stratégies asymétriques, en s’appuyant sur des outils non militaires et en évitant les combats directs et symétriques.4 La simulation aide les forces à se préparer spécifiquement pour les petites unités tactiques, les forces de guerre non conventionnelles et les attaques de type guérilla.
- Penser comme l’ennemi (acteurs non étatiques) :
En modélisant les contraintes, les incitations et les stratégies opérationnelles des groupes terroristes ou insurgés, les responsables de la sécurité peuvent découvrir leurs propres lacunes avant qu’elles n’entraînent des conséquences dans le monde réel.
IV. Limites essentielles de la simulation
Malgré son utilité, la simulation doit faire face à plusieurs contraintes pratiques et humaines :
- Fidélité et coût:
L’obtention d’un réalisme total (haute fidélité) est souvent coûteuse et peut donner lieu à des modèles trop complexes, difficiles à gérer et susceptibles d’échouer.
- L’écueil de la complexité :
Lorsque les modèles tentent d’intégrer un trop grand nombre de variables du monde réel, ils peuvent devenir trop complexes, risquant ainsi d’échouer sur le plan méthodologique et rendant l’interprétation des résultats extrêmement difficile.
- Friction organisationnelle :
Même avec des normes communes, les différences de ressources nationales, de culture institutionnelle et de technologies de communication incompatibles peuvent entraver une coordination efficace lors d’exercices multinationaux de grande envergure.
- La barrière de l’acceptation :
Même des résultats de simulation précis peuvent être rejetés par des décideurs politiques de haut niveau si le modèle est trop complexe ou si les conclusions sont politiquement indésirables. Pour réussir, il faut que la modélisation soit transparente et que les parties prenantes soient impliquées dès le départ.
V. Recommandations aux pays côtiers d’Afrique de l’Ouest
Les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest sont confrontés à un défi sécuritaire urgent, car les groupes djihadistes sahéliens, comme ceux liés à Al-Qaïda (JNIM) et à l’État islamique, intensifient leurs tactiques expansionnistes.16 Il convient donc d’examiner les recommandations suivantes :
- Recommandation n° 1 : approfondir les exercices opérationnels conjoints inter-agences
Les programmes de simulation, bien qu’existants, doivent être approfondis pour renforcer l’interopérabilité et la synergie de collaboration en exigeant des exercices et des entraînements conjoints impliquant l’armée, les forces de l’ordre et les services de renseignement. Cela permet de remédier à l’échec des organisations fonctionnant en vase clos en traduisant la politique nationale en pratique opérationnelle et en garantissant un partage des données et une communication sans faille, ce qui est essentiel pour obtenir une bonne connaissance de la situation et un succès dans la lutte contre le terrorisme.
- Recommandation n° 2 : donner la priorité à la fidélité cognitive dans la modélisation de l’adversaire
Pour maximiser le réalisme et obtenir une meilleure anticipation stratégique, les wargames et les simulations virtuelles doivent donner la priorité à la fidélité cognitive en modélisant la prise de décision de l’adversaire. Le meilleur moyen d’y parvenir est de faire appel à des experts en la matière, tels que des agents de renseignement ou des analystes disposant de profils actualisés d’acteurs non étatiques, pour jouer le rôle de la force adverse. Cela permet de s’assurer que la simulation reflète fidèlement l’esprit de compétition de l’adversaire et son objectif stratégique de « gagner », en fournissant l’évaluation la plus précise possible de la manière dont les choix politiques influenceront la réponse opérationnelle des groupes terroristes dans le monde réel. C’est ici que des institutions spécialisées dans le renseignement comme la CISA pourraient être mises à contribution, compte tenu de l’étendue de leur expertise.
VI. Conclusion
L’escalade de la menace du djihadisme au Sahel exige que les nations côtières d’Afrique de l’Ouest adoptent d’urgence des exercices de simulation de combat (CSE) – intégrant des composantes réelles, virtuelles et constructives (LVC) – en tant qu’outil stratégique fondamental. Bien qu’il existe des défis tels que le coût, la complexité et les frictions organisationnelles, l’impératif de tester les forces de sécurité contre les tactiques asymétriques et hybrides de groupes tels que le JNIM et l’État islamique est bien plus important. En rendant obligatoires des exercices interorganisations plus approfondis et en donnant la priorité à la fidélité cognitive dans la modélisation de l’adversaire, ces nations peuvent aller au-delà de la défense réactive, assurer une véritable interopérabilité et transformer leur architecture de sécurité pour qu’elle devienne véritablement résiliente et prête à anticiper et à l’emporter sur les forces qui menacent la stabilité de la région.
Références
Département de la défense des États-Unis. (n.d.). Catégories Live, Virtual and Constructive (LVC). 1
Centre d’applications de la réalité virtuelle (VRAC). (n.d.).
Agence de coopération pour la sécurité de la défense. (n.d.).
BERNARD, M. L. (2020). Utilisation de la modélisation géopolitique/socioculturelle computationnelle pour évaluer les options de réponse aux menaces hybrides liées à l’information. Sandia National Laboratories.4
Caudill, S. W., Packard, A. M. et Tembreull, R. M. (2014). Défendre la force conjointe : Lessons Learned from Joint Base Balad. Air University Press. 5
Ojewale, O. (2023). La capitale du Mali menacée par des insurgés liés à Al-Qaïda [Vidéo]. FRANCE 24 English. 6
Schanzer, D., Gartenstein-Ross, D., Sperling, J., Lee, V., Johanson, E. et Ross, E. (2025). Assessing the Benefits of Simulations and War Games for Homeland Security Enterprise Workforce Development (Évaluation des avantages des simulations et des jeux de guerre pour le développement des effectifs des entreprises de sécurité intérieure). Centre national d’innovation, de technologie et d’éducation en matière de lutte contre le terrorisme (NCITE). Omaha. 7
Boese, G. (2013). « Évaluation des exercices d’entraînement militaire simulés ». Université du Nouveau Mexique. 8
JASS. (2012). Typical Pitfalls of Simulation Modeling – Lessons Learned from Armed Forces and Business (Pièges typiques de la modélisation de simulation – Leçons tirées des forces armées et des entreprises). Journal of Artificial Societies and Social Simulation, 15(2). 9
UpGuard (2025) Les facteurs humains dans la cybersécurité en 2025.10




























