Au cours de l’année écoulée, le Centre for Intelligence and Security Analysis (CISA, Ghana) s’est systématiquement penché sur certains des défis sécuritaires les plus pressants auxquels est confrontée la sous-région africaine. En 2024, les analyses mensuelles du Centre se sont concentrées sur trois thèmes interdépendants dont la prévalence et l’intensité ont continué à façonner la stabilité dans la région : la contagion sécuritaire, la désinformation et la gestion des ressources. Ces thèmes n’ont pas été traités comme des phénomènes isolés mais comme des dynamiques interconnectées à travers lesquelles l’insécurité se propage au-delà des frontières, les récits sont manipulés pour légitimer la violence ou l’exclusion politique et la concurrence pour les ressources alimente les conflits et les échecs de gouvernance.
Ces engagements ont débouché sur une conférence de haut niveau sur la sécurité qui s’est tenue en novembre 2024 et qui a rassemblé des officiers de renseignement et de sécurité, des directeurs et des praticiens de haut niveau de toute la sous-région. Les discussions de la conférence ont renforcé une idée essentielle : les défis contemporains en matière de sécurité en Afrique de l’Ouest et au Sahel ne peuvent plus être considérés comme des problèmes discrets et limités au niveau national. Au contraire, l’insécurité est devenue de plus en plus transnationale, en réseau et se renforce mutuellement, dépassant les frontières politiques et les mandats des institutions. Les participants ont largement reconnu que les approches sectorielles et centrées sur l’État sont insuffisantes pour faire face à l’ampleur et à la complexité des menaces émergentes.
Sur la base de ces réflexions, l’axe analytique du Centre, dans la dernière partie de l’année 2025, s’est orienté vers une préoccupation structurelle plus profonde qui est apparue à plusieurs reprises dans les discussions, les engagements sur le terrain et les intérêts divergents. Ce concept est apparu comme une explication transversale reliant l’insécurité persistante, le sous-développement et la faible gouvernance, en particulier dans le contexte sahélien. Alors que de multiples acteurs – institutions étatiques, organismes régionaux, partenaires extérieurs et groupes non étatiques – opèrent souvent dans les mêmes espaces de sécurité et de développement, leurs objectifs, leurs motivations et leurs horizons temporels divergent fréquemment. Ces divergences, plutôt que de simples lacunes en matière de capacités, déterminent de plus en plus les résultats sur le terrain.
L’objectif de cet article est donc double. Premièrement, il cherche à développer un cadre conceptuel et théorique clair de l’alignement des intérêts en tant qu’objectif analytique pour comprendre l’insécurité et le sous-développement dans la sous-région. Deuxièmement, il vise à fournir un cadre fondamental qui peut informer la recherche empirique, l’analyse politique et la pratique du renseignement. En allant au-delà des symptômes de l’insécurité pour interroger ses moteurs structurels, l’article contribue à une compréhension plus nuancée des raisons pour lesquelles des interventions bien intentionnées échouent souvent à produire des résultats durables en matière de sécurité et de développement.
Situer les intérêts désalignés dans le paysage politico-sécuritaire du Sahel
Il y a quelques décennies, le Moyen-Orient était considéré comme l’espace de sécurité le plus instable au monde. Toutefois, la situation a changé et, ces dernières années, le Sahel en est venu à occuper cette place dans l’histoire de l’humanité. Cette évolution a été rendue possible par une succession de coups d’État militaires, l’expansion des insurrections extrémistes violentes, la prolifération des interventions militaires extérieures et l’aggravation de la crise de la gouvernance. Ces dynamiques sont souvent analysées de manière isolée : c’est ainsi que l’on entend dire, en particulier dans les médias occidentaux, que « les coups d’État sont des échecs de la consolidation démocratique, que les insurrections sont des manifestations de l’extrémisme et que la présence militaire extérieure est un moyen de ramener la civilisation à la barbarie sous la forme de mesures de lutte contre le terrorisme« . Par exemple, dans le paysage de la sécurité, de multiples acteurs opèrent simultanément, chacun poursuivant des objectifs différents et le plus souvent incompatibles. Le gouvernement national est obligé d’osciller entre la survie du régime, le contrôle du territoire et l’attente d’une gouvernance démocratique. Les organismes régionaux, en particulier la CEDEAO et l’Union africaine, cherchent également à faire respecter les cadres normatifs relatifs à l’ordre constitutionnel et à la sécurité collective, mais en sont très incapables en raison de la division politique et du manque de capacité d’exécution. Les puissances extérieures et les partenaires en matière de sécurité qui s’engagent par le biais d’opérations antiterroristes, d’assistance militaire et de partenariats stratégiques sont souvent motivés par des intérêts géopolitiques et stratégiques qui s’étendent au-delà de la région elle-même. Dans le même temps, les groupes armés non étatiques, notamment les insurgés, les milices et les réseaux criminels, exploitent les lacunes en matière de gouvernance, la porosité des frontières et les griefs locaux pour asseoir leur influence.
Dans cette tension dialectique, les communautés locales se trouvent souvent à l’intersection de ces forces concurrentes, recherchant la sécurité principalement en termes de survie, de moyens de subsistance et d’accès aux ressources plutôt qu’en termes de notions abstraites de stabilité de l’État ou d’ordre régional. Leurs intérêts et leur perception de la sécurité divergent souvent de ceux de l’État et des acteurs extérieurs, alors qu’ils subissent les conséquences immédiates des décisions politiques et militaires. La persistance de l’instabilité au Sahel ne peut donc pas s’expliquer uniquement par la faiblesse des capacités institutionnelles ou les contraintes en matière de ressources. Au contraire, à l’instar d’un jeu, elle est de plus en plus façonnée par les intérêts divergents et concurrents des acteurs opérant au sein du même espace de sécurité. Ces désalignements se manifestent par des stratégies contradictoires, des interventions fragmentées et des politiques qui visent simultanément à stabiliser la région tout en reproduisant les conditions mêmes de l’insécurité qu’elles cherchent à résoudre. Pour comprendre la crise du Sahel, il faut donc déplacer l’attention analytique de ce qui manque aux acteurs vers la façon dont leurs intérêts interagissent, se heurtent et sapent la sécurité collective et les objectifs de développement.
Définir les « intérêts divergents » : Une clarification conceptuelle
Dans cet article, on entend par désalignement des intérêts les situations dans lesquelles les acteurs poursuivent des objectifs qui sont officiellement présentés comme favorisant la sécurité ou le développement, mais qui, dans la pratique, ont pour effet de saper la stabilité collective, la cohésion sociale ou les résultats du développement à long terme. Il est important de noter que le désalignement n’implique pas d’intention malveillante ou de sabotage délibéré. Il reflète plutôt des contradictions structurelles dans la manière dont les différents acteurs définissent la sécurité, donnent la priorité aux résultats et évaluent la réussite au sein d’un même espace opérationnel. Il est important de distinguer l’alignement des intérêts de plusieurs concepts connexes mais analytiquement distincts. Un conflit d’intérêts fait généralement référence à des situations dans lesquelles le gain personnel ou institutionnel d’un acteur est en contradiction directe avec ses responsabilités officielles (Resnik, 2023 ; Romain, 2015). En revanche, des intérêts divergents peuvent apparaître même lorsque les acteurs agissent de bonne foi et dans le cadre de leur mandat. Les priorités concurrentes, comme dans le dilemme du prisonnier ou la logique plus large de la théorie des jeux, décrivent la coexistence d’objectifs multiples, mais ne rendent pas nécessairement compte de la manière dont la poursuite d’un objectif peut activement saper les buts d’un autre acteur (Mérő, 1998). L’ambiguïté stratégique, quant à elle, implique un flou ou une incertitude délibérés dans la politique ou la stratégie, alors que les intérêts non alignés opèrent souvent ouvertement et sont intégrés dans les logiques institutionnelles et les structures d’incitation (Selivanovskikh et al., 2025).
Là encore, il convient de noter que les intérêts divergents se manifestent à travers plusieurs dimensions interdépendantes. La dimension temporelle reflète les tensions entre les objectifs de sécurité à court terme, tels que la stabilisation militaire rapide ou la préservation du régime, et les objectifs de développement à long terme, y compris le renforcement des institutions et la confiance sociale. Les interventions qui privilégient le contrôle immédiat peuvent, par inadvertance, affaiblir les fondements nécessaires à une paix durable. La dimension spatiale permet de saisir les divergences entre les besoins locaux et les programmes régionaux ou mondiaux. Alors que les acteurs extérieurs et régionaux opèrent souvent à des échelles macro, les communautés locales sont confrontées à l’insécurité au niveau des moyens de subsistance, de l’accès à la terre et de la sécurité quotidienne. Nous avons tous été témoins ou avons vu des politiques conçues à des échelles plus élevées négliger ou contredire les priorités locales, générant des résistances ou des conséquences inattendues. La dimension institutionnelle met en évidence les tensions entre la sécurité de l’État et la survie du régime. Dans des contextes politiques fragiles comme celui de la Tanzanie, la préservation de l’autorité politique peut primer sur la gouvernance inclusive ou la sécurité des citoyens, ce qui conduit à des stratégies qui stabilisent les régimes tout en aggravant la fragmentation de la société. Enfin, la dimension économique concerne le décalage entre l’extraction des ressources, le financement de la sécurité et les moyens de subsistance des communautés, où les intérêts économiques, qu’ils soient liés aux ressources naturelles, à l’aide à la sécurité ou aux économies illicites, sont prioritaires par rapport au bien-être local. Toutes ces dimensions nous montrent que le désalignement des intérêts n’est pas une anomalie épisodique ou quelque chose qui se produit une fois de temps en temps, mais qu’il s’agit d’une caractéristique systémique de la gouvernance contemporaine de la sécurité au Sahel. Les conceptualiser explicitement permet aux analystes et aux praticiens de dépasser les explications superficielles de l’échec pour parvenir à une compréhension plus structurelle des raisons pour lesquelles les interventions en matière de sécurité et de développement produisent souvent des résultats contradictoires.
Ancrages théoriques pour comprendre les intérêts divergents
Pour aller au-delà des comptes rendus descriptifs de l’insécurité, les analystes de la CISA soutiennent que le concept d’intérêts mal alignés doit être situé dans des traditions théoriques plus larges qui expliquent comment le pouvoir, les incitations et les structures façonnent les résultats en matière de sécurité. Du point de vue de l’économie politique, la sécurité n’est pas seulement un bien public, mais aussi un espace d’accumulation, de contrôle et de pouvoir (Dirks & Schmidt, 2024 ; Rajus Das, 2017). Dans des contextes d’instabilité prolongée comme au Sahel ces dernières années, l’insécurité est devenue fonctionnelle pour certains acteurs comme la Russie et les groupes extrémistes, créant des opportunités d’extraction de ressources, de levier politique et de survie institutionnelle. Les analystes de la CISA n’insinuent pas ici que les conflits sont toujours délibérément fabriqués, mais plutôt que les systèmes d’insécurité génèrent souvent des bénéficiaires en même temps que des victimes, agissant comme une épée à double tranchant. La militarisation joue un rôle central dans cette dynamique. Par exemple, l’expansion des opérations antiterroristes, de l’assistance à la sécurité et des dépenses de défense a entraîné des flux importants d’aide, de formation et d’équipement militaires dans le Sahel. Ces flux peuvent générer des rentes de sécurité, renforçant les incitations à donner la priorité aux solutions militaires plutôt qu’aux réformes politiques ou sociales. Par conséquent, les interventions présentées comme des mesures de stabilisation peuvent renforcer la dépendance, fausser les économies politiques locales et affaiblir les structures de responsabilité. Dans ce cadre, des intérêts divergents apparaissent lorsque les stratégies de sécurité servent des intérêts institutionnels ou économiques qui sont déconnectés, voire contradictoires, avec la paix et le développement à long terme. La persistance de l’insécurité n’est donc pas seulement une défaillance des capacités, mais le reflet de la manière dont la sécurité a été organisée, financée et récompensée.
Les études critiques sur la sécurité remettent en question les hypothèses conventionnelles sur la sécurité en posant une question fondamentale : à qui la sécurité est-elle prioritaire, et à quel prix? Plutôt que de traiter la sécurité comme un objectif neutre ou universellement partagé, cette perspective met en évidence la façon dont les programmes de sécurité sont socialement construits et politiquement contestés (voir Taylor, 2024 ; Wojczewski, 2019). Au Sahel, les défaillances de la gouvernance telles que la faiblesse de la prestation de services, les politiques d’exclusion et la présence limitée de l’État sont fréquemment sécurisées, recadrées comme des menaces nécessitant des mesures exceptionnelles plutôt qu’une réforme structurelle. Ce processus peut marginaliser les voix civiles, justifier des interventions coercitives et détourner l’attention des griefs politiques et sociaux sous-jacents. Les récits de menaces extérieures renforcent encore l’alignement des intérêts. En mettant l’accent sur le terrorisme et la criminalité transnationale, ces récits peuvent occulter les contradictions internes des États, notamment la fragmentation des élites, les déficits de gouvernance et la contestation de la légitimité. En ce sens, la sécurisation devient un mécanisme par lequel le désalignement est normalisé, car les interventions s’attaquent aux symptômes tout en laissant intacts les moteurs structurels.
Les théories des systèmes régionaux et de l’interdépendance offrent des perspectives importantes sur la manière dont les intérêts désalignés opèrent au-delà des frontières. Sous le thème de la « contagion sécuritaire », les analystes de la CISA ont longuement discuté de la manière dont la sécurité au Sahel est profondément interconnectée, l’instabilité dans un État se propageant rapidement aux pays voisins par le biais des déplacements, de la mobilité des groupes armés et des économies illicites. Toutefois, lors de la conférence de haut niveau sur la sécurité qui se tiendra en novembre 2024, les experts ont révélé que cette interdépendance n’entraîne pas automatiquement une coordination. Ils ont fait valoir que lorsque les États et les institutions poursuivent des intérêts divergents, tels que des stratégies de sécurité unilatérales, la préservation du régime ou des alliances extérieures, l’instabilité régionale peut être reproduite de manière structurelle plutôt que gérée collectivement. Par exemple, les efforts visant à contenir l’insécurité dans une région peuvent la déplacer ailleurs, créant ainsi des cycles d’intervention et d’adaptation. Les limites de la coordination régionale ne résident donc pas seulement dans la faiblesse institutionnelle, mais aussi dans la divergence d’intérêts entre les États membres et les partenaires. Des cadres régionaux peuvent exister, mais leur efficacité est compromise lorsque les objectifs de sécurité collective sont subordonnés à des priorités nationales ou extérieures.
Les perspectives postcoloniales et de dépendance situent les intérêts désalignés contemporains dans des trajectoires historiques plus longues. Les frontières coloniales ont imposé des unités politiques artificielles qui ont fragmenté les systèmes sociaux et économiques tout en centralisant l’autorité dans des structures étatiques extractives. Ces dispositions ont donné la priorité au contrôle sur l’inclusion, laissant un héritage qui continue de façonner les pratiques de gouvernance et de sécurité. La dépendance extérieure a renforcé le désalignement en liant les trajectoires de sécurité et de développement au financement, à l’expertise et aux intérêts stratégiques extérieurs. Au fil du temps, cela a engendré des logiques de gouvernance extractives, dans lesquelles les États se rapportent aux territoires et aux populations principalement comme des objets de gestion plutôt que comme des partenaires dans la gouvernance. Il existe des continuités notables entre les régimes de sécurité coloniaux et les interventions contemporaines, notamment en ce qui concerne l’accent mis sur le contrôle militarisé, la gouvernance fondée sur le renseignement et les mesures exceptionnelles. Si les acteurs et les justifications ont changé, les structures de pouvoir sous-jacentes restent étonnamment familières. Comprendre ces continuités permet d’expliquer pourquoi des intérêts divergents persistent malgré des cycles répétés de réformes et d’interventions.
Intérêts divergents et implications pour le développement
Les conséquences de l’alignement des intérêts vont bien au-delà des résultats immédiats en matière de sécurité. Au fil du temps, elles façonnent profondément les trajectoires de développement des États du Sahel, souvent de manière difficilement réversible. Lorsque les stratégies de sécurité sont motivées par des intérêts divergents et concurrents, le développement n’est pas simplement retardé, il est activement sapé. L’un des impacts les plus significatifs concerne la légitimité de l’État. Lorsque les gouvernements privilégient la survie du régime, l’alignement sur l’extérieur ou le contrôle militarisé au détriment d’une gouvernance inclusive et de la fourniture de services, la confiance du public dans les institutions de l’État s’érode. Les citoyens perçoivent de plus en plus l’État non pas comme un fournisseur de sécurité et de bien-être, mais comme un acteur extractif ou coercitif. Ce déficit de légitimité crée un terrain fertile pour les groupes armés non étatiques et les autorités informelles qui se positionnent comme des sources alternatives d’ordre et de protection.
L’érosion de la confiance sociale est étroitement liée à ce phénomène. L’insécurité persistante, associée à des interventions incohérentes ou contradictoires, fragmente les relations sociales au sein des communautés et entre elles. Les groupes sont contraints de s’appuyer sur des réseaux étroits pour survivre, ce qui renforce les divisions ethniques, religieuses ou territoriales. Dans de tels contextes, l’action collective devient difficile et la cohésion sociale, fondement essentiel du développement, ne cesse de s’affaiblir. Les intérêts divergents faussent également la planification économique. En effet, les priorités sécuritaires à court terme l’emportent souvent sur les investissements à long terme dans les infrastructures, l’éducation et les secteurs productifs. La planification du développement devient réactive, façonnée par la gestion des crises plutôt que par une vision stratégique. Alors que les ressources sont détournées vers les dépenses de sécurité, les États peinent à mettre en place les capacités institutionnelles nécessaires à une transformation économique durable.
Enfin, le désalignement a de profondes répercussions sur la gouvernance des ressources. La concurrence pour les terres, les minerais, l’eau et les financements liés à la sécurité reflète souvent des luttes de pouvoir plus larges que les besoins de la communauté. La faiblesse de la surveillance et la fragmentation de l’autorité permettent à l’extraction licite et illicite de prospérer, renforçant ainsi les cycles de griefs et de violence. En ce sens, les échecs dans la gestion des ressources sont à la fois une cause et une conséquence d’intérêts mal alignés. Cette dynamique est étroitement liée aux travaux thématiques antérieurs du Centre. La désinformation et la mésinformation servent souvent d’outils pour justifier le désalignement, en présentant des politiques coercitives ou d’exclusion comme nécessaires à la sécurité nationale ou régionale. Parallèlement, les échecs persistants dans la gestion des ressources reflètent des contradictions structurelles plus profondes entre l’extraction économique et le bien-être social. Ensemble, ces processus soulignent l’argument central de cet article : la stagnation du développement au Sahel n’est pas accidentelle, mais produite structurellement par des divergences d’intérêts persistantes entre les acteurs clés.
Conclusion : Vers des avenirs alignés en matière de sécurité et de développement
Cet article présente le désalignement des intérêts comme un concept fondamental pour comprendre l’insécurité persistante et la stagnation du développement au Sahel. En situant ce concept dans le cadre de l’économie politique, des études critiques de la sécurité, de la théorie des systèmes régionaux et des perspectives postcoloniales, il a démontré que le désalignement n’est pas une anomalie mais une caractéristique structurelle de la gouvernance contemporaine de la sécurité. Pour relever ce défi, il ne suffit pas de trouver des solutions techniques ou d’élargir les interventions en matière de sécurité. Il faut une validation empirique de la manière dont le désalignement des intérêts fonctionne dans des contextes spécifiques, des réponses politiques sensibles au contexte qui donnent la priorité à l’alignement plutôt qu’au contrôle, et une plus grande réflexivité parmi les acteurs de la sécurité concernant les conséquences de leurs stratégies et de leurs incitations. Ainsi positionné, l’article sert à la fois de point de référence conceptuel pour les futures publications du Centre et de pont entre la recherche, la pratique du renseignement et l’engagement politique. En mettant l’accent sur la structure plutôt que sur les symptômes, il contribue à une compréhension plus profonde et plus concrète de la manière dont les futurs de la sécurité et du développement au Sahel pourraient être réimaginés et réalignés.
Références
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