Introduction
L’extrémisme violent est devenu un problème de sécurité complexe en Afrique de l’Ouest. L’escalade des attaques au Sahel, en particulier au Burkina Faso, au Mali et au Niger, montre que les opérations militaires ne peuvent à elles seules empêcher l’expansion de l’extrémisme. La stabilité s’est détériorée malgré l’augmentation des déploiements de troupes, parce que les racines structurelles de la radicalisation n’ont pas été résolues et que les communautés n’ont pas été intégrées de manière significative dans les systèmes de prévention (Aning & Amedzrator, 2022). Pour le Ghana, qui reste relativement stable, la leçon essentielle est que la sécurité est plus durable lorsque les communautés elles-mêmes constituent la première ligne de défense.
Les moteurs de l’extrémisme et l’importance de la prévention au niveau communautaire
Les groupes extrémistes progressent en tirant parti des vulnérabilités sociales plutôt qu’en s’appuyant uniquement sur la confrontation militaire. Parmi les facteurs pertinents figurent la marginalisation économique, la faible présence de l’État, le chômage des jeunes et les conflits locaux liés à la terre ou à l’autorité traditionnelle. Ces vulnérabilités existent dans de nombreuses régions frontalières du nord du Ghana (WACCE, 2022). Les groupes extrémistes les exploitent en offrant protection, résolution des conflits et soutien social, gagnant progressivement en légitimité et en acceptation. La sensibilisation et la résistance précoces des communautés sont donc stratégiques pour empêcher l’infiltration des extrémistes.
Ce qui n’a pas marché au Sahel
Trois leçons essentielles tirées du Sahel s’appliquent à la position du Ghana en matière de sécurité.
- Une dépendance excessive à l’égard des réponses militaires.
Les gouvernements du Sahel ont donné la priorité aux opérations cinétiques tout en accordant une attention limitée aux lacunes en matière de gouvernance et à l’instauration d’un climat de confiance au sein des communautés. Cette approche a permis d’obtenir des succès tactiques mais pas stratégiques. Les déplacements de civils, la méfiance à l’égard de l’État et l’insécurité généralisée ont intensifié l’enracinement des extrémistes au lieu de l’affaiblir.
- Négliger la vulnérabilité socio-économique.
Au Sahel, le chômage des jeunes, les moyens de subsistance limités et les faibles investissements de l’État ont créé un terrain fertile pour le recrutement d’extrémistes (OIT, 2019). Dans le même temps, la prolifération des armes légères le long des itinéraires de trafic a renforcé les réseaux extrémistes et permis un contrôle communautaire coercitif.
- Faible engagement de la communauté.
Les acteurs civils, les autorités traditionnelles et les groupes civiques locaux ont souvent été exclus des initiatives d’alerte précoce et de contre-radicalisation, ce qui a permis aux extrémistes de s’implanter par le biais de l’assistance sociale et de la médiation des conflits (PNUD, 2025). L’exclusion de la communauté a toujours été l’un des principaux facteurs prédictifs de la pénétration de l’extrémisme.
La situation actuelle du Ghana : Une fenêtre de prévention
Le Ghana n’a pas enregistré d’attaques extrémistes majeures sur son territoire, mais la dynamique régionale continue d’accroître les risques. Les menaces de débordement en provenance du Burkina Faso augmentent et des cellules extrémistes ont été liées à des activités logistiques le long du corridor côtier de l’Afrique de l’Ouest (Union africaine, 2022). Les recherches du PNUD soulignent que les régions frontalières du Ghana présentent des signes précurseurs de vulnérabilité, notamment la circulation d’armes légères, les réseaux de contrebande, les griefs locaux et une polarisation religieuse et idéologique accrue. Le Ghana dispose d’une fenêtre cruciale pour renforcer la prévention avant que les groupes extrémistes ne gagnent en influence.
Caractéristiques d’une approche communautaire de la lutte contre l’extrémisme violent au Ghana
Une stratégie préventive devrait donner la priorité à l’autonomisation et à l’inclusion des acteurs communautaires plutôt que de s’appuyer principalement sur l’infrastructure militaire.
- Partenariats entre la communauté et la sécurité. La collaboration intentionnelle entre les agences de sécurité, les chefs traditionnels, les groupes de jeunes, les associations de femmes et les autorités religieuses permet l’alerte précoce, l’échange de renseignements et la médiation des conflits. Les acteurs locaux de confiance possèdent une influence sociale qui peut faire défaut aux institutions étatiques.
- Développement de la jeunesse et inclusion économique. Le développement du soutien professionnel, des possibilités d’entrepreneuriat et des investissements dans les infrastructures dans les communautés frontalières peut réduire la vulnérabilité à la radicalisation en fournissant une agence, un but et de la stabilité (OIT, 2019). Les moyens de subsistance durables sont plus efficaces que les interventions à court terme.
- Renforcer le règlement des litiges au niveau local. Les acteurs extrémistes exploitent souvent les conflits fonciers, les conflits de chefferie et les conflits ethniques en se présentant comme des médiateurs neutres. Soutenir les structures d’arbitrage traditionnelles peut saper cette tactique et réduire les possibilités de recrutement.
- Des contre-récits crédibles de la base. Les messages doivent émaner de personnes de confiance au sein de la communauté plutôt que de plates-formes étatiques éloignées. Les enseignants, les érudits religieux, les leaders de la jeunesse et les groupes de femmes sont des vecteurs efficaces de contre-récits parce qu’ils jouissent d’une légitimité sociale et morale.
- Inclusion des femmes et des groupes marginalisés. Les femmes détectent souvent les changements de comportement et les tensions communautaires de manière précoce et devraient être incluses dans les structures locales d’alerte précoce et de suivi. Les segments marginalisés de la population apportent une intelligence et une résilience uniques (PNUD, 2025).
Conclusion
Le Sahel a montré que les réponses militarisées, bien que nécessaires, ne peuvent garantir une stabilité à long terme sans l’implication de la communauté. Le Ghana peut éviter l’effondrement de la sécurité observé dans les pays voisins en donnant la priorité à la participation locale, à l’instauration d’un climat de confiance et au soutien socio-économique dans son cadre CVE. Lorsque les communautés sont informées, résilientes et autonomes, les réseaux extrémistes perdent leur capacité à opérer discrètement, à exploiter les griefs et à recruter. La sécurité nationale durable commence avec des citoyens qui comprennent leur rôle, font confiance aux institutions de sécurité et sont soutenus pour protéger leur environnement social. La défense la plus efficace du Ghana contre l’extrémisme violent ne commence pas à ses frontières, mais au sein de ses communautés.
Références
Union africaine. (2022). La contagion de l’extrémisme violent dans les États côtiers d’Afrique de l’Ouest.
Aning, K., & Amedzrator, L. (2022). Beneath the seeming resilience : Les vulnérabilités du Ghana face aux menaces des groupes extrémistes violents.
Organisation internationale du travail. (2019). Promouvoir l’emploi décent pour la jeunesse africaine.
Programme des Nations unies pour le développement. (2025). Community resilience and violent extremism in Ghana.
West Africa Centre for Counter-Extremism. (2022). L’exposition du Ghana à l’extrémisme violent.



























