Introduction
La migration a toujours été une caractéristique déterminante de l’histoire du Ghana, stimulée par la mobilité régionale dans le cadre des protocoles de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et des aspirations internationales. Cependant, l’augmentation des migrations non autorisées, c’est-à-dire des mouvements de personnes à travers les frontières en dehors des normes réglementaires du pays, présente des défis distincts qui ont un impact direct sur la sécurité nationale et la stabilité socio-économique à long terme du Ghana.
Les frontières poreuses du Ghana, partagées avec le Togo, le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, combinées à sa stabilité politique et à son économie robuste (par rapport à ses voisins), en font à la fois un pays de transit et de destination pour les migrants irréguliers (OIM, 2019). Alors que les avantages de la migration formelle, en particulier les envois de fonds, sont importants (les envois de fonds ont totalisé 3,54 milliards de dollars en 2017), la nature non réglementée des flux non autorisés crée des vulnérabilités auxquelles les décideurs politiques doivent s’attaquer de toute urgence (OIM, 2019). Cet article explore les menaces spécifiques posées par les mouvements transfrontaliers irréguliers et examine les effets qui en résultent sur la sécurité nationale et la pression qu’ils exercent sur les services publics et les secteurs économiques.
Implications pour la sécurité nationale
Les migrations non autorisées remettent fondamentalement en cause la sécurité des frontières et contribuent à la prolifération des menaces transnationales, compromettant ainsi la stabilité interne du Ghana.
1. Sécurité des frontières et criminalité transnationale
Le fait que les migrants irréguliers empruntent des itinéraires non approuvés permet la circulation incontrôlée d’individus, de biens et de ressources. Des études ont montré que les immigrants qui n’ont pas de documents de voyage en bonne et due forme ont souvent recours à des itinéraires non approuvés pour éviter les fonctionnaires perçus comme étant enclins à l’extorsion, malgré les risques associés (Bruni et al., 2017, cité dans PMC, 2021).Cette vulnérabilité est exploitée par les réseaux criminels organisés :
- Trafic illicite et traite des êtres humains : La porosité des frontières facilite le trafic de migrants et la traite de ressortissants étrangers à des fins de travail forcé et d’exploitation sexuelle, en particulier de femmes et d’enfants vulnérables (OIM, 2016).
- Contrebande et armes : les postes frontaliers sans personnel deviennent des voies de passage pour les marchandises de contrebande, les armes illicites et les stupéfiants. Cela déstabilise les communautés frontalières et alimente les activités criminelles locales.
- Sécurité transnationale : L’une des principales préoccupations en matière de sécurité est la possibilité pour les individus impliqués dans le terrorisme ou d’autres crimes transnationaux d’entrer dans le pays sans être détectés. La position stratégique du Ghana en Afrique de l’Ouest, associée à l’instabilité régionale croissante, en particulier au Sahel, augmente le risque que les frontières poreuses soient exploitées par des acteurs non étatiques (KAIPTC, 2011).
2. La crise du Galamsey et les ressortissants étrangers
La menace la plus palpable pour la sécurité et l’environnement liée aux migrations non autorisées au Ghana se trouve dans le secteur de l’exploitation minière illégale à petite échelle (galamsey).
- Domination étrangère et faiblesse de l’État : Les ressortissants étrangers, notamment les agences privées chinoises et d’autres pays voisins, ont toujours été attirés par le secteur de la galamsey en raison de la faible application de la loi par l’État et de la rentabilité de l’extraction de l’or, malgré les lois interdisant l’implication étrangère dans l’exploitation minière à petite échelle (ResearchGate, 2020).
- Menaces pour la sécurité : Ces opérations impliquent souvent du personnel de sécurité lourdement armé, ce qui entraîne des affrontements violents avec les communautés locales, les forces gouvernementales et les détenteurs légitimes de concessions minières. La présence d’acteurs étrangers non autorisés, équipés de machines et de moyens financiers, crée une économie parallèle non réglementée qui remet en cause le monopole de l’État sur l’utilisation de la force et le contrôle des ressources minérales. La dévastation généralisée de l’environnement, notamment la pollution des masses d’eau et la destruction des forêts, constitue une menace majeure pour la sécurité nationale et la viabilité à long terme du Ghana.
Implications socio-économiques
L’impact de la migration non autorisée s’étend aux infrastructures sociales et économiques de base du Ghana, créant un fardeau pour les services publics, le marché du travail et le développement urbain.
1. Contrainte sur les services publics et les infrastructures
Les migrants irréguliers, qui n’ont souvent pas accès à un permis de séjour et à un emploi officiels, ont tendance à se concentrer dans les grands centres urbains, ce qui met à rude épreuve les services existants :
- Logement et assainissement : Les migrants s’installent souvent dans des quartiers informels près des marchés ou des centres d’emploi parce qu’ils sont moins abordables, ce qui entraîne une surpopulation et une pression sur les installations d’eau et d’assainissement limitées. Les femmes migrantes, en particulier, peuvent dépenser une part importante de leur revenu irrégulier pour s’assurer un simple espace au sol pour dormir, ce qui se produit quotidiennement au Dr Kwame Nkrumah Circle et à Makola, le plus grand marché du Ghana. (PMC, 2017).
- Vulnérabilité en matière de soins de santé : Le statut de clandestin empêche souvent les migrants d’accéder aux services de santé officiels, ce qui les rend vulnérables aux maladies et constitue un risque pour la santé publique, en particulier en ce qui concerne les maladies contagieuses (Journal of Geography, 2014). Le manque de données sur ces populations complique considérablement la planification de la santé publique, en particulier lors de crises telles que les épidémies.
2. Marché du travail et concurrence déloyale
Les migrants non autorisés cherchent principalement un emploi dans le secteur informel, par exemple dans le commerce itinérant, le petit commerce ou la main-d’œuvre peu qualifiée, ce qui crée des complexités sur le marché du travail. Les exemples typiques sont les Nigérians, les Togolais et les Maliens, qui envahissent l’espace du marché avec plusieurs produits, créant une rude concurrence pour leurs homologues ghanéens.
- Dépression salariale : La volonté de travailler pour des salaires inférieurs dans l’économie informelle peut entraîner une baisse des revenus des travailleurs ghanéens dans des secteurs similaires.
- Non-respect de la loi : Le fait d’opérer en dehors du cadre légal signifie que ces travailleurs ne contribuent pas aux régimes de sécurité sociale (comme le SSNIT) ou à l’impôt sur le revenu, ce qui se traduit par une perte de recettes pour l’État.
- Défis liés au protocole de la CEDEAO : Si le protocole de la CEDEAO sur la libre circulation des personnes permet de circuler sans visa, il ne garantit pas de droits automatiques en matière d’emploi, de résidence ou de protection pour les travailleurs non qualifiés, ce qui conduit nombre d’entre eux à des situations irrégulières où ils sont vulnérables à l’exploitation.
Politique et contre-mesures au Ghana
Le Ghana s’est engagé à gérer les migrations, notamment par la mise en place d’un cadre global.
1. Cadre institutionnel et politique
- Politique nationale de migration (2016) : Le Ghana a lancé sa politique nationale de migration afin de promouvoir les avantages de la migration tout en atténuant ses coûts. Cette politique vise à relever des défis complexes, notamment la migration irrégulière, la traite des êtres humains et la gestion des frontières (OIM, 2016).
- Le Service d’immigration du Ghana (GIS) : Le GIS est l’agence de première ligne responsable du contrôle des frontières, mais il est confronté à des défis permanents liés au manque d’infrastructures et d’équipements frontaliers modernes, et au renforcement des capacités (KAIPTC, 2011).
- Approche intégrée : Des projets tels que le Ghana Integrated Migration Management Approach (GIMMA), soutenu par l’Union européenne et l’OIM, ont joué un rôle essentiel dans le renforcement des capacités des forces de l’ordre et dans la diffusion d’informations sur les voies de migration sûres et légales (OIM, 2016).
2. S’attaquer aux causes profondes
La question de la migration non autorisée est souvent motivée par des pressions internes autant qu’externes. La pauvreté, le manque d’opportunités économiques et l’attrait des opportunités perçues ailleurs, qui sont souvent renforcées par des informations trompeuses, sont des facteurs importants (ResearchGate, 2019).
- Lien avec le développement : La lutte contre la migration irrégulière nécessite l’intégration de la gestion des migrations dans la planification du développement national. Cela signifie qu’il faut se concentrer sur la création d’emplois, en particulier pour les jeunes, et améliorer les conditions économiques dans les régions d’origine des migrants.
- Campagnes d’information : Alors que le gouvernement s’engage dans des campagnes visant à dissuader la migration irrégulière, la recherche suggère que la simple diffusion d’informations négatives sur les risques est insuffisante, car les migrants potentiels ne tiennent souvent pas compte des risques lorsqu’ils sont confrontés à de fortes pressions socio-économiques et à des histoires de réussite convaincantes de la part de leurs pairs (ResearchGate, 2019). Une approche plus nuancée qui aborde les facteurs économiques et culturels sous-jacents qui motivent la décision de migrer est nécessaire.
Conclusion et perspectives d’avenir
L’immigration clandestine représente une menace persistante et à multiples facettes pour le Ghana. Il ne s’agit pas seulement d’un problème de contrôle des frontières, mais d’un défi profondément ancré dans la sécurité nationale, la durabilité de l’environnement et l’équité socio-économique. Le cas spécifique de l’implication étrangère dans la galamsey met en évidence la menace directe pour la sécurité que représente l’entrée incontrôlée, tandis que la pression exercée sur les services urbains démontre le fardeau socio-économique.
Le cadre mis en place par le Ghana, notamment la politique nationale en matière de migration, constitue une base solide. Cependant, pour atténuer efficacement les menaces, l’État doit passer d’une position réactive à une stratégie proactive qui implique des investissements plus importants dans la technologie frontalière, un renforcement des capacités des SIG et une application stricte de la réglementation minière. Il est essentiel que le développement interne soutenu qui crée des opportunités économiques viables reste la contre-mesure la plus puissante à long terme pour lutter contre les moteurs de la migration non autorisée.
Références
- Organisation internationale pour les migrations (OIM). (2019). La migration au Ghana : Profil du pays 2019. Publications de l’OIM.
- Organisation internationale pour les migrations (OIM). (2016). Le Ghana lance sa politique nationale de migration.7 OIM Ghana.
- KAIPTC. (2011). Sécurité des frontières au Ghana : Challenges and Prospects. Centre international Kofi Annan de formation au maintien de la paix (KAIPTC).
- Nyame, F. K., & N. (2020). Golden Migrants : The Rise and Impact of Illegal Chinese Small-Scale Mining in Ghana. ResearchGate.
- PMC. (2017). Migration, santé et genre et ses effets sur la sécurité du logement des femmes ghanéennes. PMC – PubMed Central.
- PMC. (2021). Migration transfrontalière des commerçants immigrés itinérants au Ghana. PMC – PubMed Central.
- ResearchGate. (2019). La perception du risque chez les migrants non autorisés au Ghana. ResearchGate.
- Tanle, A. (2014). Exploring health implications associated with irregular migration from Ghana to Libya and beyond. Ghana Journal of Geography, 6(2), 64-84.




























